Quel est le sens de la vie "normale" ?

Carl Gustav Jung (1875-1961)
Carl Gustav Jung (1875-1961)

"Le monde dans lequel nous pénétrons en naissant est brutal et cruel, et, en même temps, d’une divine beauté. Croire à ce qui l’emporte du sens ou du non-sens est une question de tempérament. Si le non-sens dominait en absolu, l’aspect sensé de la vie, au fur et à mesure de l’évolution, disparaîtrait de plus en plus. Mais cela n’est pas, ou ne semble pas être le cas. Comme dans toute question de métaphysique, les deux sont probablement vrais : la vie est faite de sens et de non-sens. J’ai l’espoir anxieux que le sens l’emportera et gagnera la bataille." 

 C.G. Jung, Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées recueillis par A. Jaffé, Paris, Gallimard, 1966, p. 408.

 

La psychologie analytique respecte la rigueur scientifique comme les traditions mystiques mises de côté par les Lumières au profit de la raison seule : j’ai choisi de l’étudier.

 

Lorsqu’il écrit Ma vie, Jung est un « vieil homme sage ».

Selon lui, chaque humain naît dans un monde double qui lui préexiste (impitoyable et beau) et le sens de ce paradoxe est lié au « tempérament » de chacun. Il évoque Darwin (la vie n’ayant pas uniquement sélectionné le non-sens, le sens présenterait un caractère utile) et admet deux notions contradictoires (elle peut être et avoir sens et non-sens) mais confie son « espoir anxieux » en la possibilité que le sens supplante un jour le non-sens.

 

Je souhaite toujours comprendre les forces à l’origine de cette « bataille » pour agir en faveur du sens en psychologie. Il m’a donc semblé bon de me m’interroger sur le « sens de la vie normale » et nécessaire de mettre mes croyances à l’épreuve afin que mes convictions soient assurées dans ma future pratique.

 

De plus, la demande de sens est un motif fréquent de consultation.

 

J’ai donc « plongé dans le sens » (et dans les filets) des mots vie, sens et normal.

 

VIE

Opposés au vitalisme de Bichat, Lamarck, Bernard et Monod n’ont considéré que les propriétés biologiques des corps mais n’ont isolé aucun critère décisif pour définir substantiellement le vivant : la science n’explique ni l’unité de la vie ni le sens qu’elle peut prendre relativement au vécu de chacun.

 

SENS

Le mot sens est polysème : signification, direction et perception ; la question du sens de la vie est donc sémiologique, téléologique, axiologique et ontologique : j’ai recherché la complémentarité de ces approches.

 

NORMES

Enfin, le mot norme désigne une règle, un modèle.

Les normes peuvent être collectives, individuelles, statistiques, culturelles ou fondées sur l’adaptation et la survie.

Leur rôle épistémologique est d’ordonnancer l’action comme la connaissance et la norme praxologique est dépendante d’une philosophie de l’action issue d’un consensus moral et politique inféodé aux valeurs d’une société.

 

Bernard décrit la genèse des lois en sciences naturelles (1865, p 271) : une hypothèse doit relier les phénomènes aux principes de façon rationnelle, combiner les observations isolées pour fonder une théorie.

Une norme issue d’une erreur épistémologique pourrait rendre difficile l’identification normative des individus.

 

La responsabilité éthique est fondamentale car « les choses répétées plaisent » : pour établir une classification naturelle ou évaluer des valeurs, il faut en même temps penser selon des critères et agir, mais penser est déjà une façon d'agir.

 

Le concept de « normal » est ainsi nécessaire à toute action : 

les différentes branches de la psychologie le fondent sur des critères qui les caractérisent.

 

Nous comparerons donc ce concept pour les doctrines physiologique et ontologique dont la « bataille » anime la psychologie et évoqueront la psychologie intégrative qui vise un ordonnancement moins conflictuel des forces en présence.

 

Il sera alors question de sociétés, de leur influence sur l’individu, du phénomène d’individualisation.

 

Certains paradoxes et évolutions seront abordés ainsi que la notion d’œuvre et celle d’histoire. Nous terminerons sur la présentation de deux mythèmes, la fleur et l'arbre.

 

Pour esquisser une vue d’ensemble, j’ai inventorié de nombreuses pistes en renonçant provisoirement à les détailler. Frustration passagère : en adoptant cette démarche, j’ai compris qu’à tout moment, je pourrai revenir puiser dans cet « aide-mémoire ».

 

 

1) PHYSIOLOGIE, ONTOLOGIE, INTÉGRATION

 

A) Approche comparative

 

a) La doctrine physiologique a largement étendu le champ des savoirs en biologie. Broussais, Comte, Bernard défendent l’identité normal/pathologique (ordre/désordre). Contre Descartes, Spinoza critique cette illusion qui ne tient qu’à nos sens et à notre imagination ; pourtant, si Dieu n’est pas un « malin génie », il apparaît légitime de rechercher des lois immuables.
Les tenants de l’esprit naturel défendent l’existence de structures mentales matériellement présentes dans le cerveau (modules) : l’esprit est alors
dans le sujet, les sources des conduites sont substantialisées. Rieff décrit « l’homme psychologique », aboutissement de la thérapeutique value-free qui fait triompher le pragmatisme et l’efficacité scientifique mais appauvrit la culture et ses institutions.

 

L’intégration psychologique et l’autonomie promues menaceraient nos individualités : les « derniers hommes » de Nietzsche vivront des vies banales, la culture deviendra de plus en plus confortable, médiocre, avec une classification pour nouvelle idole. La neurochimie permet la survie en société de personnes dangereuses, pour elles-mêmes ou pour les autres mais reste une camisole : l’utiliser en « première intention » ou par complaisance sans nécessité impérieuse me semble irrespectueux de la personne.

 

b) La doctrine ontologique.

Vernant critique les catégories, longtemps considérées consubstantielles à l’Homme et affirme : « L’homme n’a pas une mémoire, une volonté, une perception, comme il a un estomac ou une tête».

Pour Canguilhem (1979), vitaliste, le pathologique obéit à sa normativité propre, il est une «autre allure de la vie».

Dieu serait alors malicieux puisque l’Homme change : l’ontologie réfute les lois immuables au profit du mystère.

La phénoménologie, elle, étudie la cohérence entre l’esprit objectif préexistant à tout esprit individuel et cet esprit individuel qu’il façonne. 

La « complicité ontologique » entre l’intériorité et l’extérieur est observable et le psychologue peut agir sur l’« Illusio ». Ici, l’esprit est dans le sujet et en dehors de lui.

 

Les connexions valeurs/psychothérapies dévoilées par la psychanalyse ont évolué : la religion et la psychothérapie soulagent toutes deux la souffrance intérieure soulevant la question d’un « facteur commun » (foi, placebo, rites) mais leur collaboration est balbutiante. Les thérapies value-laden soutiennent qu’on ne peut tenter de changer l’esprit d’une personne sans lui proposer une direction particulière.

Pour découvrir la direction adéquate à un patient donné, le « respect de [sa] dimension psychique » est fondamental. Il faudrait orienter notre regard sur un être entier, potentiellement dynamique, écouter le jeu symptomatique de ses maux pour l’inviter à prendre place.

 

B) Approche complémentaire

 

a)La psychologie intégrative utilise la complémentarité de champs théoriques voisins ou antagonistes dans une approche éclectique ou métathéorique : démarche combinatoire, le patient est guidé sans que l’on présume des causes de son trouble. Bonne médiatrice dans la « bataille », cette école crée ses propres critères de pensée et d’action sur l’hypothèse que ces interactions pourraient se révéler profitables au processus thérapeutique.

 

b) L’esprit objectif issu des recherches d’Hegel sur le devenir positif des lois qui structurent notre vie, éclaire la démarche historique. L’esprit objectif est objet, non sujet.

Hegel conçoit le Zeitgeist et expose une forme de vie rationnelle dans l’organisation historique des sociétés : la liberté. Il dénonce non l'application à une science de l'homme de méthodes issues des sciences naturelles mais leur réduction à des représentations.

Le fait social, qui contraint l'individu, est traité en « chose »; l’esprit subjectif (représentation et saisie de l’esprit comme faculté de représentation) est un pas sur le chemin de l'intelligence qui cherche à se connaître. Le rôle de l’individu importe : principe de particularité et reconnaissance des droits à la subjectivité sont l’essence de la modernité. Les qualia réfutent le physicalisme, intersubjectivité et intentionnalité sont incontournables. Hegel étudie les connections entre représentations individuelles et collectives, lien entre psychologie et sociologie.

 

c)Le paradigme de Popper : le monde 1 correspondrait aux phénomènes physico-chimiques, le 2 à l’activité psychique subjective, le 3 à la connaissance objective des productions de l’esprit. Les mondes 1 et 2 seraient communs aux animaux et aux hommes ; le 3, exclusivement humain puisque lié à notre langage, jouirait d’une « autonomie partielle ».
Ils exerceraient un contrôle rétroactif les uns sur les autres.

Popper décrit quatre fonctions du langage auxquelles serait corrélée leur émergence : l’expression, le signal, la description et la discussion argumentée. Ces fonctions aussi exerceraient un contrôle plastique entre elles et par analogie, l’âme exercerait ce même type de contrôle sur le corps.

Thèse interactionniste (donc dualiste) : Popper est néo-cartésien, mêle réalisme, indéterminisme et évolutionnisme. L’esprit serait un processus émergent qui « semble indispensable pour rendre compte du monde historique, de notre vie politique et des institutions, [il] indique au moins l’existence d’un vide, d’une place que la sociologie a pour tâche de remplir avec quelque chose de plus raisonnable.» (1956, p146).

 

2) SOCIOLOGIE

 

A) L’influence de la société sur l’individu

 

a) L’abîme. Les structures sont omniprésentes : Legendre (1996) constate la domestication des corps qui permet la vie en société : l’institutionnalisation du nourrisson par le langage et le pouvoir symbolique de la loi doublant le monde. Il décrit le marquage subi par le bébé occidental : l’adulte, ayant appris quelle place est la sienne dans la filiation, doit s’y tenir, payer sa dette, sacrifier à son tour. Si cette place n’est pas garantie institutionnellement, l’individu remplira ce vide comme il le pourra. L’influence des parents donc est décisive.

 

 

b) L’anomie. La religion/société, propre à la condition humaine, naîtrait dans des conditions « d’effervescence collective ». Créant normes, rites, mythes, elle assure l’intégration des individus, leur permet de se représenter l’univers (où l’homme de bien suit le code moral). Durkheim pose alors la question du libre arbitre et décrit comment les sociétés contraignent les individus. Positiviste, il distingue le normal du pathologique dans l’état du lien social et pose son diagnostic : l’anomie (du grec nomos), pathologie de la division du travail menant à l’individualisation, à l’effondrement des structures et cause de nombreux suicides.

 

c) L’ontologie politique. Castoriadis distingue l’être premier, le vivant, l’être psychique (humain), le social-historique, le collectif anonyme et le sujet autonome, par opposition aux individus hétéronomes. « La psyché n’est pas l’individu » (mais représentations, affect et intention), elle le devient en subissant un processus de socialisation. La liberté réclame des transformations institutionnelles mais nulle société ne « saurait s’auto-instituer de manière réflexive et collective si les individus qui la composent ne sont pas eux-mêmes entrés dans une dynamique réflexive.18»

 

B) Individualisation, individualisme et individualité

 

a) Réseau, socialisation, individualisation. Selon Elias, la curialisation de la société a favorisé la réflexion psychologique sur soi. Il étudie les notions d’individualisation, de pouvoir et d’habitus (Bourdieu, Mauss) et considère chaque conduite comme fonction et conséquence de relations s’expliquant dans un réseau.

Or, le réseau est un intermédiaire qui permet de passer d’un état à un autre entre un couple d’opposés, (thématique chère à Jung qu'il faudra développer ultérieurement). Il est dit « réseau-cathédrale de par sa présence du futur et l’incarnation du mystère qu’il suscite».

Système nerveux, sanguin, cerveau, société, monde, l'organisme en réseau est un filet : symbole du présent, de la transition, il retient ou laisse passer.

Héraclite évoque le rôle du Logos : la seule constante est le changement.

 

c) La poussée du « narcissisme ». Lasch questionne le lien social : la démocratisation de la culture uniformiserait, manipulerait les citoyens. Les Lumières, ayant fait taire les particularismes, ont rompu avec les traditions et enclenché la révolution culturelle. Lasch affirme que la structure du système actuel dissout les cultures dans le « narcissisme » (Martucelli, 2004) : « Le narcissisme comme figure sociale de repli ou d’implosion vers soi apparaît comme une conséquence de l’effondrement de l’autorité et des sources possibles d’identification normative».

 

d) Le désenchantement du monde Le christianisme serait « la religion de la sortie de la religion.» Gauchet (1985) propose une alternative, l’écologie : il ne s’agirait plus d’occuper sa place en conformité à un éternel passé mais de concevoir une nouvelle dialectique des sujets « qu'aucune institution ne peut contenir car [elle peut] effectivement transformer le monde.» Le véritable dualisme serait donc celui qui sépare le dieu transcendant du monde, le sujet de l’objet. Renonçant à la « passion du même », l'écologie « trouverait sa légitimité dans l'avenir préservé et renouerait avec la prudence des sociétés traditionnelles», permettant à l’humanité de diriger son destin.

 

La sociologie serait-elle l’état positif annoncé par Comte ? Il faudrait collectivement « tisser du neuf » au fil des objectivations du passé mais les Humains oublient vite (les Bandar-Log du Livre de la Jungle de Kipling en sont un symbole). Les œuvres sont notre mémoire.

 

3) HISTOIRE Selon Koch (1964, p359), « La psychologie présente cette particularité qu’on ne peut y faire un pas en avant sans faire en même temps un pas en arrière, vers l’origine et l’originel.»

 

A) Intégration des paradoxes

 

a) Accepter le bon grain et l’ivraie. Maître Eckart voit la perfection de l’homme lorsqu’il constitue une oeuvre cohérente de tous ses actes : « L’on s’élève dans ses œuvres en sorte qu’elles se fondent toutes en une seule œuvre ». En réintégrant ses projections objectales, l’homme récupère de « l’énergie psychique ». La theosis le libère : il peut créer le « mythe de sa vie ».

 

b) L’inquiétante étrangeté de l’être. Jentsch, Freud, Lacan (extimité) et Roustang (étrange familier) ont travaillé sur l’« Unheimlich. » Freud l’expérimenta dans un train, effrayé par son propre reflet. Miroirs, permutations, Ragnarok viking, Metu hébreu, les traditions décrivent un axe double des mondes. Selon la Table d’Émeraude d’Hermès Trismégiste, « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire les miracles d’une seule chose. » On pensera à l’Arbre des Sephirot ou à l'Yggdrasil des Normands, aux lacs miroitants des fées celtes, à Narcisse et Echo mais aussi à Janus, aux Alcis (Tacite), à Hermaphrodite et Salmacis qui symbolisent l’union des contraires. Ces mythes sont présents : des chamanes au Chevalier d’Eon, de David Bowie à la Gay Pride, l’identité « queer » (étrange) questionne notre place dans la société. Il s’agit peut-être encore de distinguer le naturel du culturel et ici, le sexe du genre.

 

c) L’énantiodromie et les organisateurs du sens : « L’énantiodromie est le retournement en son contraire de l’attitude consciente et la brusque apparition de la contre-position qui, dans l’inconscient, s’est construite en compensation par suite d’une position consciente beaucoup trop orientée dans une seule direction et au détriment de son opposé Ce paradoxe, observable, est symbolisé par la figure du « faîte suprême » ou Taijitu (Yin et Yang).

Elie Humbert insiste sur la nécessité d’un regard scientifique constant sur la théorie qui mène à la psychologie des profondeurs et définit la fonction des archétypes, « organisateurs de l’inconscient » : ils font sens .

 

La question du sens ne saurait devenir un credo, ne pouvant être formulée hors du Kairos : il faut éviter d’y plaquer une interprétation ou un présupposé théorique (trompeurs), il en adviendra ce qui a à advenir.

La rigueur consiste à sentir l'émotion présente sans se laisser envahir par elle, à voir l’humain en entier, surtout le Soi, ce « plus intime en chacun et [le] plus collectif en tous».

Les archétypes initient un double mouvement entre la notion de rupture (certaine) et celle de réorganisation (incertaine) qui, lorsqu’elle se produit, permet à la psyché un véritable « devenir conscient ».

La question du sens s’oppose donc à un discours du sens, simple mythe s’il se pose en révélation : elle nous dépossède (doublement) « par le démantèlement radical de nos constructions imaginaires».

Humbert est laïc, habiter sa faiblesse est un choix, une évaluation intime : «L’effet de sens est un lien en même temps qu’une orientation» et « c’est sur une pente qui va vers le vide qu’émerge le sens».

 

La fonction de relation, basée sur nos valeurs, est « l’élément unificateur » dans le réseau entre soi et l’autre, entre soi-même et l’autre en soi.

 

« C’est l’expérience d’être entier qui répond à la question du sens. »

 

B) Evolutions

 

a) L’artisan

Alain évoque le « grand secret des arts » et le principe de plaisir.

"Le grand secret des arts, mais aussi le plus caché, c'est que l'Homme n'invente qu'autant qu'il fait, et qu'autant qu'il perçoit ce qu'il fait. Par exemple, le potier invente quand il fait ; et ce qui lui apparaît plaisant dans ce qu'il fait, il le continue. Le chanteur aussi. Et celui qui dessine aussi. 

Au contraire, ceux qui portent un grand projet dans leur rêverie seulement ne font jamais rien.

L'écrivain aussi est soumis à cette loi de n'inventer que ce qu'il écrit ; dès que ce qu'il a écrit a valeur d'objet, il est amené à écrire encore et encore autre chose ; aussi c'est un grand art de ne pas raturer, mais au contraire de sauver tout. Cette idée offre des perspectives..."

Roustang lui, décrit le savoir-faire de l’artisan, impliquant également le Kairos : l’apprenti peine à apprendre les gestes (s’en plaint) ; le compagnon (sorti de la plainte) observe, cherche à bien faire et le maître est ici et maintenant, dans le grand œuvre.

Compagnons du devoir, archers (Herrigel, 1993) ou maîtres zens savent que «désormais, il faut qu’il n’y ait plus même cette épaisseur de cheveu entre l’inspiration et l’exécution.» (Lemière, 1958, p6).

Pour Roustang, « l’essentiel du travail du thérapeute consiste à ne rien faire » : il nous provoque par omission de l’apprentissage rigoureux et « in/dispensable » qui permet de tenir cette place, alors légitime.

 

b) L’étude des œuvres.

Le psychologue ne peut dissocier la science de l’expression de la connaissance, de la compréhension des symboles (Koch, 1964, 359). Une symbolique de l’espace existe dans les œuvres humaines : Jung aborde « l’arbre psychologique» : « L’alchimie a vu l’union des contraires sous le symbole de l’arbre et il n’est donc pas étonnant que l’inconscient de l’homme d’aujourd’hui qui ne se sent plus chez lui dans son univers et qui ne peut fonder son existence, ni sur le passé qui n’est plus, ni sur l’avenir qui n’est pas encore, reprenne le symbole de l’arbre cosmique, enraciné dans ce monde et s’élevant vers le pôle céleste, l’arbre qui est également l’homme.» (1954, ch6).

Le Mystère de la Fleur d'Or nous invite à une éclosion, tout comme le symbole Rose-croix.

 

c) La psychologie historique, objective et comparative. A l’origine d’un projet pluridisciplinaire, Meyerson s’oppose à Piéron sur « le dogmatisme de la permanence : la croyance dans le caractère immuable des fonctions et des catégories de l'esprit » (Parot, 1996) et défend une orientation historique de la psychologie : l'esprit ne peut être étudié que dans ses objectivations car il n'y a pas de réalité spirituelle en dehors des actes des hommes. Notre pensée s'objective dans les « œuvres » (productions de l’esprit) qui, déposées dans la culture, transcendent leur créateur : « l’objectivation produit des œuvres spécifiques d'un temps et d'un lieu donné».

Les récits mythologiques des Viking, leur cosmogonie et leur système runique m’ont appris cela.

 

CONCLUSIONS : Les approches comparatives de Dumézil et Meyerson pourraient être mises en cohérence. J’ai l’intention d’étudier « l’entrée dans l’humain » en mettant à l’épreuve de façon constructiviste, la compatibilité entre le cadre théorique de Meyerson, la psychologie jungienne des profondeurs et la mythologie.

Philosophie de l’esprit (qualia, Da-sein analyse, existentiaux, épochè), intentionnalité et intersubjectivité, énantiodromie et psychologie historique m’ouvrent de nouveaux horizons. J’éprouve la certitude que l’humain, tiraillé entre matériel et symbolique, entre passé et avenir et soumis à la loi du temps ne peut agir et changer qu’au présent, précisément difficile à concevoir. Difficultés à s’approprier son vécu et quête de sens sont liées.

 

Dans la « grande » Histoire comme au fil de mes expériences, il m’apparaît normal et sensé de soulager la souffrance intérieure par le partage de rites ou de mots, pratiques humaines efficaces même si l’explication rationnelle nous échappe toujours. Désaccord essentiel : Freud postule que l’inconscient naît de nos refoulements et Jung affirme que l’inconscient collectif dépose en nous de quoi forger notre conscience : la réflexion chez Jung ne vise plus les actes de la conscience comme des faits naturels mais comme des faits constitutifs d’un objet, lui donnant sens.

 

Vernant est un autre « vieil homme sage » qui admet le paradoxe entre limites et liberté, et pointe notre responsabilité dans un choix à faire: « Quel est le sens de la vie ? C'est ce que les Grecs m'ont appris. Nous sommes des êtres limités. Pourquoi sommes-nous là ? Pour rien. Quel est le sens de tout cela ? Il n'y en a pas. Mais c'est parce que la vie n'a aucun sens préexistant que nous pouvons, nous, lui en donner un. Telle est notre affaire, notre responsabilité. La vie n'a pas d'autre sens que celui que les hommes essaient de lui donner. Il n'y a pas de destin de l'humanité : c'est nous qui décidons du sens qu'aura eu notre vie.»

 

Selon Malraux enfin, «Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévale ni la négligence des constellations ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort».

 

Anne Fauchois, Mémoire de licence (Paris V)

Sous la direction de Madame Françoise Parot, professeur émérite d'histoire et épistémologie de la psychologie.


 

" Il faut traiter les choses légères avec sérieux

et il faut traiter les choses graves et sérieuses avec légèreté".

Alphonse Daudet

 

 

"Mieux est de rire que de larmes écrire,

Pour ce que rire est le propre de l'homme."

Rabelais - Gargantua

 



 

 

Le film "Le sens de la vie",

par la joyeuse équipe des Monty Python


Découvrir l'oeuvre de Carl G. Jung

Les spécificités de la psychologie analytique jungienne 

Lien vers la Société Française de Psychologie Analytique (SFPA)

 

L'oeuvre de Jung est immense et elle n'a pas encore été intégralement traduite en français.

Ces deux livres permettent de l'aborder en douceur, sans connaissances psychologiques préalables (autres que sa propre expérience :) 

 

Essai d'exploration de l'inconscient

En 1959, lors d'une interview à la télévision britannique (BBC) réalisée par John Freeman, Jung parla de sa vie, de son oeuvre, de ses idées. Il reçut de très nombreuses lettres écrites par un public non spécialiste, séduit par la qualité de sa présence, par son humour, par sa modestie.

Un peu plus tard Jung rêva « qu'au lieu de parler, assis dans son bureau, avec les grands docteurs et les psychiatres qui venaient le voir du monde entier, il se trouvait sur une place publique, et s'adressait à une foule qui l'écoutait avec une profonde attention, et comprenait ce qu'il disait ... ». Ce fut l'un des événements qui marqua la naissance de ce livre.

Ce texte, l'un des derniers écrit par Jung, est intégré dans le livre collectif « L'homme et ses symboles ». Il donne l'exemple de l'importance que Jung accordait à ses rêves. Il nous renseigne sur le devenir de la conscience : « l'homme [...] n'est devenu conscient que graduellement, laborieusement, au cours d'un processus qui s'est prolongé pendant des siècles innombrables, avant d'arriver au stade de la civilisation [...]. Et cette évolution est loin d'être achevée car de vastes régions de l'esprit humain sont encore entourées de ténèbres."

Éditions Gallimard, collection folio « essais », 181 pages.

 

 

Types psychologiques

Introversion et extraversion sont des termes qui sont passés dans le langage courant. Les "Types psychologiques" font une large place à ces concepts : "Qui ne connaît ces natures fermées, difficilement pénétrables, souvent ombrageuses, qui contrastent violemment avec ces caractères ouverts, sociables, souvent enjoués, ou tout au moins aimables et d'un abord facile, qui s'accordent ou se chicanent avec tout le monde ...". Chacun reconnaîtra l'opposition qui existe entre les caractères de type introverti et ceux de type extraverti.

Au delà de ces types généraux d'attitude existent quatre fonctions psychologiques :

  • La pensée.
  • L'intuition.
  • Le sentiment
  • La sensation.

La combinaison des types et des fonctions est décrite tout au long de cet ouvrage de référence. Le dernier chapitre est consacré aux définitions des principaux termes utilisés.

 

Traduction par Yves Le Lay, éditions Georg, 506 pages.

 

 

Les "archétypes"