De la psychothérapie par le jeu, centrée sur l'enfant, l'adolescent et qui sait, l'adulte ?


En pratique

Tous petits déjà les enfants choisissent spontanément le jeu adéquat pour exprimer ce qui est important pour eux. A travers le jeu, un enfant peut mettre son vécu en images, puis en mots, explorer son monde intérieur et tisser des liens avec le praticien, dans la sécurité de l'espace thérapeutique.

L'enfant choisit et guide le jeu, je l'accompagne : c'est un outil précieux qui peut parfaitement intégrer les conditions thérapeutiques nécessaires et suffisantes synthétisées par Carl Rogers. 

Les parents sont associés à ce travail à travers des séances-bilans régulières.


 

Depuis la naissance d'un petit frère, Léa (5 ans) fait souvent pipi au lit et se montre capricieuse. Elle réveille souvent ses parents la nuit. Avec les biberons du bébé et leurs emplois du temps chargés, les parents sont épuisés et me demandent de l'aide.

 

Au début, Léa ne comprend pas bien ce qu'elle fait là, mais elle accepte de jouer avec moi.

Avec des Playmobils, des peluches de tailles différentes et un baigneur, la petite fille choisit au fil des séances d'exprimer, à son rythme et à sa façon, son propre vécu de la situation familiale dans le cadre bienveillant de la thérapie.

Les premiers dessins viennent confirmer ce qui se joue : Léa ne fait pas encore figurer son petit frère en dessinant sa famille, il "n'existe" pas encore vraiment pour elle dans ce cercle.

Je comprends alors que ne plus être fille unique est une part de son processus qu'elle n'a pas pu intégrer jusque là et qui est devenu une source d'angoisse dans sa vie.

Elle l'exprime comme elle le peut, en mouillant son lit, en réclamant de l'attention, en ignorant le baigneur : c'est un langage à entendre (et non une maladie à guérir) :

Léa est incongruente car elle se perçoit encore comme la seule enfant du couple.

 

Je la suis pas à pas... A travers le jeu thérapeutique, Léa s'adapte à son rythme à la réalité de sa nouvelle situation. Après quelques entretiens, la tendance actualisante nous montre qu'elle fait son oeuvre : les caprices font place à une foule de questions ("Comment on fait les bébés ?"), et le petit frère apparaît dans ses dessins...

 

Il me semble alors crucial, au cabinet comme en famille, de renforcer ces progrès en valorisant Léa dans son rôle de grande sœur et en la rassurant sur l'amour inconditionnel des parents pour leurs deux enfants. Les pipis au lit devraient s'espacer...

 

(Cet exemple est fictif et chaque histoire est particulière)

 


 

Cette façon d'entrer en relation est un incontournable avec des enfants, mais en fonction de la rencontre avec un adolescent ou même un adulte, c'est aussi possible, dans la particularité du cadre thérapeutique partagé.

 

 

Pour illustrer les vertus surprenantes du jeu, en voici un exemple, réel cette fois,
que je partage avec l'autorisation de la personne concernée, en préservant son anonymat par un pseudonyme et une image libre de droit choisie sur internet.

 

Dans le cadre de son accompagnement, Thérèse, 85 ans et moi, avions pris l'habitude de nous retrouver autour d'une tasse de thé. Pendant un certain temps, je ne prêtais pas attention à ce que cela signifiait, jusqu'au jour où je le lui fis remarquer.

La réponse de Thérèse m'étonna, et amorça un tournant dans son processus :

 

" On peut avoir un certain âge et vouloir jouer à la dînette." 

 

Sans aucune intention au début d'amener du jeu dans la relation, nous avons peu à peu pris conscience ensemble que ce "rituel", cette "mise en scène" facilitaient la libération de sa parole pour une femme qui s'était rarement confiée au cours de sa vie.

 

Là encore, la tendance actualisante était à l'oeuvre... Cet épisode inaugura une nouvelle relation entre nous, d'une qualité éprouvée mutuellement comme supérieure à la précédente.

 

L'évocation de souvenirs d'enfance, des jeux auxquels elle avait pu jouer, puis de ceux auxquels elle n'avais pas "eu droit", nous aidèrent à comprendre ensemble qu'elle partageait avec moi un retour sur les expériences de sa vie qui y donnait du sens.

 

Un coffre à jouets est en permanence à disposition de tous au cabinet.


La théorie

 

"Les thérapeutes par le jeu expériencient une résonance interactive lorsqu'ils jouent avec l'enfant et qu'ils répondent au jeu de l'enfant avec leur propre façon de jouer  : à des niveaux corporels, verbaux et non verbaux de significations.

Cela développe leur capacité à être contenants et encourageants, tout en donnant l'espace à l'enfant, ce qui développe la capacité de symbolisation de l'enfant à des niveaux très profonds.

Ce concept s'appuie sur des théories de la psychologie du développement de l'enfant :

la théorie du Self de Stern et la théorie des comportements de l'attachement [Bowlby, Winnicott, Klein...] viennent soutenir la théorie de la personnalité de l'Approche Centrée sur la Personne et ses interventions empathiques : toutes indiquent  comment l'empathie et l'authenticité peuvent être offertes dans les interactions de jeu avec un enfant ou un adolescent.

De brèves descriptions sur la façon pratique dont les thérapeutes réagissent aux actions de divers enfants et adolescents présentent des exemples sur la façon de procéder dans le jeu en termes de règles, de "roleplay", d'oppositions, de l'importance de fixer des limites."

 

Behr, M. (2003), Interactive Resonance in Work with Children and Adolescents : A theory-based concept of interpersonal relationship through play and the use of toys, Person Centered and Experiential Psychotherapies, Vol. 2, 89-103. (Traduction libre de l'abstract.)

 

Lien vers l'article complet

 


Les "jeux psychologiques" et leurs enjeux

 

Quand Gérard Jugnot incarne un psychothérapeute... : le film "Oui, mais..."

 

Selon Eric Berne, fondateur de l'Analyse Transactionnelle, un jeu psychologique est une stratégie périmée de l'enfance que nous répétons à l'âge adulte de façon inconsciente, au lieu de communiquer à l'autre notre ressenti, nos vraies pensées... C'est donc un échange verbal pernicieux qui peut avoir l'air anodin, mais dans lequel les deux protagonistes vont jouer inconsciemment les rôles de sauveur, de persécuteur et/ou de victime

 

 

 

En termes d'Approche Centrée sur la Personne, nous pouvons parler d'authenticité 

pour aborder ce sujet : cela implique d'intégrer sans jugement, pas à pas, les différentes facettes qui constituent "la personne que je suis".

 

Le jeu est une expérience qui permet d'actualiser notre façon de faire face à un obstacle.

 

En cela, c'est un levier thérapeutique dans la psychothérapie "centrée sur la personne".

 

 


Les jeux vidéo

J'aborde le sujet des addictions au jeu vidéo dans l'article sur les contes

 

Passe-temps et échappatoire, plaisir et compulsion, remède à la solitude, parfois frontière subtile entre le réel et le virtuel...

 

De Bertie The Brain (1950) en passant par Pac Man (1980) jusqu'à la dernière console en vogue, le jeu vidéo n'a cessé d'inspirer le monde depuis son apparition et la révolution des techniques de réalité "augmentée" n'est pas sans conséquences au niveau psychique, pour le meilleur parfois, comme pour le pire souvent.

 

Si le cerveau humain est souvent comparé à un ordinateur, nous sommes toujours bien plus que des machines, il me semble judicieux de ne pas "jouer les apprentis sorciers", de ne pas "jouer avec le feu" sans comprendre les enjeux de ce jeu-là.

 

Penser les rapports entre l'Homme et la machine ?  La question du Transhumanisme 

 


A la maison

 

Une maman partage ses astuces :

http://mamancarotte.blogspot.fr/2016/01/3-idees-de-jeux-pour-redonner-le.html

 

Le lien mère-enfant, l'objet "transitionnel" : les apports fondamentaux de Winnicott

http://www.la-psychologie.com/relation_parent_nourrisson.htm 

 


Aller à un "salon du jeu" en famille ?

Le guide "Graine de Viking" vous informe des sorties, loisirs, ateliers découverte à faire en famille en Normandie :

 

https://www.grainedeviking.fr/

 

https://www.rom-game.fr/agenda/index.html 

Le calendrier "geek"

 

http://www.ludens.fr/

L'association Ludens