Animus et Anima dans l'oeuvre de C.G. Jung

C.G. Jung " Dialectique du moi et de l'inconscient ", Idées / Gallimard, 1973 p 179 et 181.

Présentation des "archétypes"


Le Puer et le Grand Méchant : l'immaturité au service de la justice !

L’Encyclopedia Universalis en dit ceci :

 

Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875-1961), un temps séduit par les conceptions freudiennes, les rejeta finalement au profit d'une psychologie des profondeurs qui niait toute détermination sexuelle des pulsions.  

 

Le couple anima-animus joue un rôle important dans la « psychologie des profondeurs » de Carl Gustav Jung. Il s'agit d'une résurgence de deux termes du corpus de la philosophie médiévale. On les rencontre chez de nombreux auteurs, notamment Guibert de Nogent, où généralement ils désignent, respectivement, l'âme (anima) et l'esprit (animus) selon une hiérarchie de dignité ontologique : corps, âme, puis esprit.

Le niveau intermédiaire de l'âme (anima) correspond au monde des images et semble réaliser un lien entre les deux autres niveaux.

 

On peut distinguer deux moments dans l'œuvre de Jung concernant la conception de ces termes. Dans un premier temps, Jung va, à travers la seule notion d'anima, tenter de redonner un sens au concept d'âme hors du schéma du dualisme cartésien corps/âme qui bloquait plus ou moins la conception de l'âme sur une définition mentaliste ou spiritualiste. 

 

L'anima sera une réalité vivante, une force d'animation, une puissance inconsciente qui porte et hante le langage conscient et la pensée rationnelle. Notamment elle sera la source de nombreuses productions d'images. Elle apparaît donc fortement liée à une pensée muette, riche en expériences intuitives et en imagination. Finalement, elle viendra désigner dans cette première partie de l'œuvre de Jung cette réalité intermédiaire, autonome par rapport au corps comme à l'esprit, que la philosophie médiévale et celle de la Renaissance ont tenté de comprendre et que la pensée moderne a voulu rejeter.

 

Puis dans un second moment de son œuvre, Jung va relativiser cette découverte en comprenant que sa conception de l'anima était unilatérale. Il acquiert la conviction que l'Anima ne présente qu'une face de la relation entre l'être humain et son âme. En fait, elle correspond seulement à une expérience masculine de l'âme. Sous la couche de raison et de pensée, cette puissante anima est une incarnation féminine de l'imagination masculine. D'où, selon Jung, la nécessité de lui adjoindre « l’Animus », son équivalent au féminin.

 

La bombe humaine

Si ces contenus archétypiques « ne sont pas intégrés et "réalisés" par le sujet, il s’ensuit une activité négative … de l’anima et de l’animus.

De là résultent des anomalies psychiques … dont la gravité peut aller à tous les degrés … quelque chose d’inconnu s’est approprié une part plus ou moins considérable de la psyché.

 

Ce quelque chose d’inconnu impose imperturbablement son existence, au premier abord nocive et repoussante, contre … les plus grands efforts de bonne volonté, de compréhension, d’énergie et de raison, démontrant ainsi la puissance des plans inconscients de l’être en face du conscient :

on ne saurait trouver de meilleure expression que le mot "possession" »

 

(Dialectique du moi et de l’inconscient, pages 264 et 265).

"La bombe humaine, tu la tiens dans ta main,

Tu as le détonateur, juste à côté du cœur,

La bombe humaine, c'est toi, elle t'appartient,

Si tu laisses quelqu'un prendre en main ton destin... C'est la fin."

 

Téléphone (1979)


 

Lorsque nous sommes à l’état d’embryon dans le ventre de notre mère, et même dans les premiers stades du fœtus, les caractéristiques sexuelles ne sont pas encore développées.

 

 

Jung postule que nous conservons après notre naissance la mémoire « archaïque » de cette « indifférenciation », et qu’elle s’exprime à travers notre Animus ou notre Anima.

 

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Plonger dans les profondeurs

Anima et animus

C.G. Jung " Dialectique du moi et de l'inconscient ", Idées / Gallimard, 1973 p 179 et 181.

« L'anima est féminine ; elle est uniquement une formation de la psyché masculine et elle est une figure qui compense le conscient masculin.

Chez la femme, à l'inverse, l'élément de compensation revêt un caractère masculin, et c'est pourquoi je l'ai appelé l'animus. Si, déjà, décrire ce qu'il faut entendre par anima ne constitue pas précisément une tâche aisée, il est certain que les difficultés augmentent quand il s'agit de décrire la psychologie de l'animus.

Le fait qu'un homme attribue naïvement à son Moi les réactions de son anima, sans même être effleuré par l'idée qu'il est impossible pour quiconque de s'identifier valablement à un complexe autonome, ce fait qui est un malentendu se retrouve dans la psychologie féminine dans une mesure, si faire se peut, plus grande encore. »

« Pour décrire en bref ce qui fait la différence entre l'homme et la femme à ce point de vue, donc ce qui caractérise l'animus en face de l'anima, disons : alors que l'anima est la source d'humeurs et de caprices, l'animus, lui, est la source d'opinions ; et de même que les sautes d'humeur de l'homme procèdent d'arrière-plans obscurs, les opinions acerbes et magistrales de la femme reposent tout autant sur des préjugés inconscients et des a priori. »

(C’est entre autres pour cela que les généralisations sont de si mauvaises conseillères.)

 

Qu'est ce que l'animus ?

« L'animus est quelque chose comme une assemblée de pères ou d'autres porteurs de l'autorité, qui tiennent des conciliabules et qui émettent ex cathedra des jugements "raisonnables" inattaquables.

Mais, à y regarder de plus près, ces jugements prétentieux sont pour l'essentiel un amoncellement de mots et d'opinions qui se sont accumulés dans l'esprit de la petite fille, puis de l'adolescente depuis l'enfance, et qui, recueillis, choisis et collectionnés peut-être inconsciemment, finissent par former un canon, une espèce de code de vérités banales, de raisons et de choses "comme il faut".

Cette codification du raisonnable correspond donc à une réserve de préjugés ; et dès qu'un jugement conscient, compétent et valable manque (ce qui, dans les complications de la vie, est souvent le cas), il y est fait appel comme à un arsenal inépuisable d'opinions disparates où l'on trouvera celle qui semblera convenir à la situation donnée.

Ces opinions apparaîtront, tantôt sous forme de ce qu'il est convenu d'appeler le bon sens, tantôt sous forme de principes, emblèmes de l'éducation reçue. Et la femme dira par exemple : "C'est ainsi que cela s'est fait depuis toujours", ou encore : "Mais tout le monde dit que ...". »

Ce à quoi on peut ajouter les « il faut ne faut pas faire comme çi », « tu dois faire comme ça ».

 

Les opinions de l'animus

«Les opinions de l'animus ont très souvent le caractère de convictions solides, qui ne sont pas faciles à ébranler, ou de principes d'allure intouchable, de valeur apparemment infaillible.

Si nous soumettons ces opinions à l'analyse, nous nous heurtons tout d'abord aux préjugés inconscients qui les motivent et qu'il nous faut inférer : je veux dire que la femme sent et pense les opinions acerbes qu'elle émet comme si ces préjugés existaient réellement.

En réalité, ces opinions ne sont ni motivées, ni le fruit d'un acte de pensée; elles existent toutes faites, comme préfabriquées et prêtes à la consommation ; elles sont présentes dans l'être mental de la femme, qui les formule et les répète parce qu'elles ont dans son esprit un tel caractère de réalité et un telle force de conviction immédiate qu'elle n'est même pas effleurée par l'idée de les soumettre à la possibilité d'un simple doute. »

 

Projections de l'animus

« Les hommes sur qui l'animus est le plus susceptible de se projeter, les plus aptes par suite à servir de réceptacle à la projection de l'animus, devront être d'un genre tel que la femme en mal de projection puisse y voir une réédition vivante du Bon Dieu, des hommes qui savent tout, qui comprennent tout ; ou bien il s'agira de novateurs méconnus, disposant de grands charmes rhétoriques où l'humain trop humain ne s'entrelacera que trop fréquemment avec une terminologie pompeuse, du genre "du vécu créateur".

Car ce serait en effet caractériser insuffisamment l'animus que de n'y voir qu'une manière de conscience collective conservatrice : l'animus est aussi un novateur qui, tout à l'opposé de ses opinions codifiées par l'usage, témoigne d'une incroyable faiblesse pour les termes inconnus et difficilement compréhensibles, pour les "grands mots" ... » 


 

Confrontation avec l'animus

« La technique de la confrontation entre le Moi conscient et l'animus est, dans son principe, la même que dans le cas de l'anima, avec cette différence toutefois que ce ne sont plus des fantasmes et des caprices, mais des opinions que la femme doit considérer d'un oeil critique, non, certes, pour les refouler, mais pour étudier leurs origines afin de pénétrer dans leurs arrières plans obscurs, arrières-plans où elle rencontrera leurs images originelles, de façon tout à fait parallèle à ce qui se passe chez l'homme dans sa confrontation avec l'anima. »

 

L'animus être créateur

« ... l'animus est aussi un être créateur, une matrice, non pas dans le sens de la créativité masculine, mais dans le sens qu'il crée quelque chose que l'on pourrait appeler un logos spermatikos - un verbe fécondant.

De même que l'homme laisse sourdre son œuvre, telle une créature dans sa totalité, à partir de son monde intérieur féminin, de même le monde intérieur masculin de la femme apporte des germes créateurs qui sont en état de faire fructifier le côté féminin de l'homme.

C'est là l'origine de la "femme inspiratrice" qui, si elle est mal formée, recèle aussi en elle la possibilité de devenir la pire des viragos ... »

C.G. Jung " Dialectique du moi et de l'inconscient ", Idées / Gallimard, 1973 p 179 et 181.

 

***

 

 « L’érotique » jungienne : Anima et Animus

L’animus de la femme et l’anima de l’homme.

Leurs difficiles et complexes relations.

Leurs aspects positifs et négatifs.

 

Une définition simple

Quand on rencontre dans les textes de Jung, en particulier ses interprétations de rêves, les termes anima et animus, une explication très simple peut leur être donnée :

• si il s’agit d’un hommel’anima est une personnification des tendances féminines de sa psyché,

• si il s’agit d’une femmel’animus est une personnification de ses tendances masculines.

 

Anima et animus sont des facteurs de relations entre l’inconscient et le Moi et entre les pôles opposés masculin-féminin ce qui, dans le cadre d’une sorte d’”érotique” jungienne, trace une voie allant du biologique le plus élémentaire à la complexité des rapports entre Eros et Logos.

 

Bien que nous pensions que, pour être bien comprises, les notions d’anima et d’animus doivent surtout être observées comme acteurs de représentations dans les séries de rêves (et dans l’imagination active), il est nécessaire de donner quelques repères supplémentaires pour éviter de se perdre dans la pensée de Jung, tout à fait foisonnante à ce sujet.

 

Notre opinion sur l’animus féminin a été récemment très influencée par la lecture du livre dirigé par Agnès Vincent et intitulé L’âme des femmes, le masculin dans la psyché féminine (Réel éditions). Elle montre, entre autres, le côté démodé de ce que Jung pensait de la relation homme-femme. (C’est très bien de tenir compte de l’évolution des époques ! Voir Ignace Meyerson)

 

Jung et l’idée d’androgynie de l’être humain

Comme toutes les représentations archétypiques jungiennes l’anima, à laquelle Jung s’est intéressée avant l’animus, est ainsi nommée parce qu’elle émane d’une image intérieure, une image dans l’âme, contrairement à la persona qui est une image extérieure.

Jung, dans Les racines de la conscience (p42.) donne une explication biologique au fait qu’il y ait une sorte de résidu du caractère du sexe opposé :

“L’image du sexe opposé réside, jusqu’à un certain point, dans chaque sexe, puisque biologiquement c’est seulement le plus grand nombre de gènes mâles qui fait pencher la balance dans le choix du sexe masculin. Le nombre moins grand de gènes féminins paraît constituer un caractère féminin qui, cependant, demeure d’ordinaire inconscient par suite de son infériorité quantitative.”

C’est sur cette présence des deux éléments masculin et féminin qu’il fonde son idée de l’androgynie de l’être humain. (Voir la notion de « bisexualité psychique » plus bas sur laquelle Freud a travaillé avec son fameux "Complexe d’œdipe".)

 

Cette idée d’androgynie de l’être humain est enracinée dans le biologique et dans la totalité psychique conscient-inconscient. L’inconscient aurait alors la coloration du sexe opposé. Comment reconnaître et rendre accessible à l’expérience les manifestations de cet archétype ?

 

C’est un des sujets sur lequel Jung est le moins clair. Cependant, avec de nombreuses digressions sur le fonctionnement général de la psyché, il nous donne des indications dans plusieurs ouvrages-guides dont nous retiendrons Dialectique du Moi et de l’inconscient, Les racines de la conscienceAïon, et Psychologie du transfert.

 

L’ombre est la plus proche de la conscience

Quand on reste au niveau de l’inconscient personnel, c’est l’ombre qui est le plus facilement accessible à l’expérience. Ses projections, dans les rêves ou les fantasmes, ont pour origine des propriétés de la personnalité, considérées comme peu souhaitables pour la bonne apparence de la Persona. (Le monstre symbolique : Dr Jekyll et Mr Hyde par exemple, ou la créature de Frankenstein, animus de Mary Shelley ?...) Les représentations de l’ombre renvoient au même sexe que celui de cette personnalité dont elles sont le côté négatif. Cependant, des symboles peuvent surgir qui renvoient non au même sexe mais au sexe opposé :

“On rencontre ici l’animus de la femme et l’anima de l’homme, deux archétypes se répondant l’un à l’autre, dont l’autonomie et la nature inconsciente expliquent l’opiniâtreté de leurs projections. L’ombre n’en est pas moins un thème connu de la mythologie, mais dans la mesure où elle représente d’abord et en premier lieu l’inconscient personnel, et ou ses couleurs sont, par suite, facilement capables de conscience, c’est précisément par son aptitude à se laisser plus aisément discerner et réaliser qu’elle se différencie de l’animus et de l’anima , lesquels sont nettement plus éloignés de la conscience et ne sont donc, dans les circonstances habituelles, que rarement, sinon jamais, perçus.“ ( Aïon, p. 22.)

 

Anima et animus sont des personnalités de l’inconscient (des facettes)

Non seulement anima et animus sont très difficiles à discerner mais, du fait que ce sont des personnalités de l’inconscient, ils se présentent, dans la vie courante, toujours projetés sur l’entourage car tout ce qui est inconscient est projeté.

Le premier réceptacle de « l’image de l’âme » sera la mère pour le fils et le père, ou un substitut, pour la fille. Une véritable infirmité psychique peut se rencontrer quand l’anima est en jachère, ce qui signifie qu’aucune relation n’a été instaurée, ou que la relation a été complètement rompue ou occultée.

 

Jung a longtemps observé les manifestations de l’anima et s’il a décidé d’employer ce terme, c’est parce que l’expression “âme” lui semblait trop générale et trop vague pour désigner une réalité spécifique :

“L’élément empirique compris sous le concept d’anima est un contenu extrêmement dramatique de l’inconscient ; si on peut le décrire en langage rationnel, scientifique, on ne parvient pas, et de loin, à en exprimer la nature vivante.”( Aïon, p. 26)

C’est pourquoi il a choisi une vision et un mode d’expression mythologiques car ils lui semblent plus expressifs et plus exacts qu’un langage scientifique abstrait.

Il a semblé à Jung qu’il devait exister, chez la femme, un équivalent de la représentation archétypique masculine.

 

Il ne s’agit cependant pas d’une déduction abstraite car des expériences nombreuses et minutieuses lui ont été nécessaires pour mettre en évidence la nature de cet animus.

 

Si on met face-à-face anima et animus, ils ont pour point commun d’être des projections spontanées de l’inconscient, personnifiées dans les rêves visions et fantasmes. Cependant, si leurs racines sont communes, leurs manifestations sont aussi différentes que le sont les hommes et les femmes. De plus, ils ont tous deux des aspects négatifs, comme les complexes avec lesquels ils sont en relation, et des aspects positifs.

 

Les manifestations de l’anima chez l’homme

 

Dans la vie courante, la manifestation négative de l’anima induit, chez l’homme, des sentiments et des humeurs vagues, de l’irritabilité, une impression d’insécurité et de la susceptibilité. Cela a pour origine une influence négative de la mère.

 

Il peut aussi y avoir, chez l’homme possédé par son anima, une propension à l’ironie et aux réflexions venimeuses et destructrices. Si la relation à la mère est positive, l’homme a tendance à devenir trop sentimental ou efféminéL’anima l’entraîne aussi vers des jeux intellectuels stériles et des discussions pseudo-philosophiques qui l’excluent de la vie réelle.

L’anima est “LA” femme dans l’homme et souvent au cours de sa vie amoureuse, il va désirer conquérir une femme qui corresponde, tout au moins le croit-il, à la nature particulière de sa féminité inconsciente. Il ira de déceptions en déceptions car aucune femme ne pourra correspondre à l’idée qu’il se fait de la femme parfaite correspondant à cette merveilleuse anima.

 

 

L’anima/l’animus médiateurs entre le Soi et le Moi

  

Quand l’anima s’exprime dans sa fonction de médiateur entre le Soi et le Moi, Jung observe dans Psychologie du transfert (p. 27) quatre niveaux de son image. Il s’appuie sur la “phénoménologie érotique” de l’antiquité tardive, qui connaissait déjà l’échelle des quatre : Chawwa (Eve), Hélène (de Troie), Marie et Sophia.

 

Il propose quatre degrés de l’éros hétérosexuel :

“Le premier stade, celui de Chawwa, Eve, la terre, est uniquement biologique ; la femme y signifie la mère et ne représente rien d’autre que ce qui doit être fécondé.

Le deuxième stade concerne un éros à prédominance encore sexuelle, mais de caractère esthétique et romantique, et la femme y possède déjà quelques valeurs individuelles.

Le troisième stade élève l’éros à la vénération la plus haute et à la dévolution religieuse, et ainsi le spiritualise. Contrairement à Chawwa il s’agit ici de maternité spirituelle.

Le quatrième degré enfin éclaire un aspect qui, de façon inattendue, va plus loin que le troisième stade, pourtant difficilement surpassable : c’est la “Sapientia”. (La « sagesse ».)

 

Nous voyons que la sagesse illustre un niveau plus élevé que la pureté et la sainteté. Pour Jung, ce degré représente une spiritualisation d’Hélène, ”c’est à dire l’éros pur et simple” et la Sulamite du Cantique des Cantiques en est le symbole.

 

L’animus est issu de l’expérience ancestrale féminine

 

L’animus, dans l’optique jungienne, est une condensation des expériences accumulées tout au long de la phylogenèse par la lignée ancestrale féminine au contact de l’homme.

La femme se sent encore très liée à ces expériences, car elle a une conscience aiguë des interrelations personnelles, ce qui n’est pas toujours le cas pour l’homme qui est plus porté vers les données objectives ou les idées abstraites. Il est donc tout à fait normal que l’inconscient de la femme manifeste des aspects essentiellement différents de l’inconscient masculin.

Alors que l’anima est la source d’humeurs et de caprices, l’animus engendre des opinions reposant sur des préjugés inconscients et des a-priori.

La femme, dominée par son animus, possède, ou plutôt est possédéepar des convictions qu’elle est prête à défendre avec, parfois, une violence toute masculine.

 

L’animus négatif ne croit pas aux exceptions. Il est fréquemment très pessimiste, dévalorisant, et émet des jugements relevant le plus souvent d’une vérité générale qui ne s’applique pas à la situation envisagée.

 

Jung écrit dans Dialectique du moi et de l’inconscient ( p.189) :

“Les opinions de l’animus ont souvent le caractère de convictions solides … En réalité, ces opinions ne sont ni motivées, ni le fruit d’un acte de pensée ; elles existent toutes faites, comme préfabriquées et prêtes à la consommation ; elles sont présentes dans l’état mental de la femme, qui les formule et les répète parce qu’elles ont dans son esprit un tel caractère de réalité et une telle force de conviction immédiate qu’elle n’est même pas effleurée par l’idée de les soumettre à la possibilité d’un simple doute”

 

La pluralité de l’animus

Au niveau de la représentation et du symbole onirique, il apparaît logique que l’animus se personnifie d’une manière masculine. C’est un peu plus compliqué que pour l’anima car, si l’homme sur le plan de l’inconscient est monogame, celui de la femme est polygame. En effet, l’animus se présente d’une manière plurielle :

“L’animus est quelque chose comme une assemblée de pères ou d’autres porteurs de l’autorité, qui tiennent des conciliabules et qui émettent ex cathedra des jugements “raisonnables” “inattaquables

 

Il est parfois symbolisé par un groupe de personnes quand il représente un élément collectif. C’est alors que les discours des femmes dominées par cet animus, et ceci se retrouve dans les séries de rêves, sont truffés de ON : on dit que, tout le monde pense, on doit. (Dès que nous le pouvons, il me semble donc préférable d’éviter d’utiliser ce « on », vous l’avez sans doute déjà perçu dans mon langage. Repérez les « on » dans la paroles des gens…)

 

La pluralité de l’animus a pour conséquence que les hommes sur lesquels il est projeté doivent être des hommes possédant toutes les qualités, y compris l’omniscience et, comme le dit Jung, être “une réédition du Bon Dieu.”

 

Les quatre paliers d’évolution de l’animus

 

C’est uniquement parce que l’animus est extraverti qu’il a des manifestations négatives, car son véritable rôle est de rendre possible la relation entre le Moi féminin et l’inconscient.

 

Quand il remplit sa fonction, et que la femme affronte son animus au lieu de se laisser posséder par lui, il a des effets tout à fait positifs qui se traduisent par quatre paliers d’évolution, à la fois semblables et différents de ceux de l’anima .

 

Les stades de développement de l’animus sont décrits dans L’homme et ses symboles par Marie Louise von Franz (p.194) (auteur de « La Femme dans les contes de fées » aussi) :

Au premier niveau, il se présente sous un aspect purement physique, un athlète par exemple.

Au deuxième niveau, il n’est plus seulement beau ou fort mais possède “l’esprit d’initiative et la capacité d’agir d’une façon organisée”.

Au stade suivant, on le retrouve souvent sous la forme d’un professeur ou d’un prêtre devenant ainsi le verbe.

 

Au niveau supérieur, il devient, comme l’anima, le médiateur de l’expérience religieuse (attention « le religieux » n’est pas « la religion », c’est le caractère « sacré » que l’on peut ressentir dans un arbre, une fleur, une relation, etc.) et donne à la femme une fermeté spirituelle. Il la relie, à ce quatrième niveau, au domaine de la spiritualité et des idées créatrices, auxquelles elle est alors encore plus réceptive que l’homme.

 

Anima et animus par leur aspect positif sont donc des psychopompes (guides pour les âmes)

L’anima, reconnue et intégrée, devient un éros du conscient et lui confère le lien et la relation. 

L’animus devient un logos qui donne au conscient de la femme réflexion, raisonnement et connaissance.

 

Les relations entre l’anima et l’animus

 

Les deux thèmes essentiels de la problématique Jungienne polarité et relation sont clairement mis en évidence au niveau de l’anima et de l’animus.

Jung voit, dans la combinaison du Moi – Toi et anima-animus, des relations ternaires et quaternaires, tout à fait indispensables à la totalité. Pour lui, l’homme qui n’est pas relié, ne possède pas la totalité, car il ne peut exister sans son autre côté qui est toujours le Toi. Nous trouvons dans Psychologie du transfert (p.81) une description des relations croisées possibles entre l’homme, la femme, leur animus et leur anima qui peut être illustrée par le schéma suivant adapté du schéma de Jung, même ouvrage, même page :

 

(il me faut ajouter le shéma...)

a) représente une relation personnelle sans complications,

b) représente une relation de l’homme avec son anima et, en miroir, la relation de la femme avec son animus,

 

c) figure la relation entre les deux animus : animus avec anima et inversement,

 

d) Il s’agit de la relation de l’animus féminin avec l’homme, lorsque la femme est identique à son animus et de la même relation anima masculine-femme lorsque l’homme est identique à son anima.

 

La complexité de ces possibles interactions explique, en partie, les difficultés de communication entre hommes et femmes : ils se croient deux et, en fait, ils sont souvent trois ou quatre. On ne s’ennuie pas dans l’inconscient !

 

C’est bien plus fluide entre deux personnes qui ont fait leur travail respectif...

 

Dans Aïon, (p.35), Jung analyse la part de transcendant et les éléments nécessaires pour que se réalise une totalité constituant un schéma du Soi. 

(Le but de l’analyse jungienne, par le chemin « d’individuation ».)

 

Il décrit ainsi ce processus :

“De cette dernière connaissance”(de l’anima ou de l’animus dans la relation avec le sexe opposé) naît chez l’homme une triade qui est transcendante dans la proportion d’un tiers : le sujet masculin, le sujet féminin qui lui fait face, et l’anima transcendante.

 

Chez la femme le processus est analogue, mais sur un mode inversé. (Voir Orphée et Eurydice.)

 

Le quatrième qui manque à la triade pour réaliser leur totalité est :

 

-       - chez l’homme, l’archétype du vieux sage (Archétype Senex qui s’oppose par nature au Puer, Peter Pan, l’éternel enfant)

 

-       - chez la femme, c’est la mère chthonienne (Archétype de sagesse immémoriale, Sophia, Sapientia, qui s’oppose à la Puella, archétype de la « Jeune fille », jouvencelle qui n’est pas encore une femme.)

 

Ceux-ci constituent une quaternité mi-immanente et mi-transcendante, à savoir cet archétype que j’ai qualifié de quaternion (ou mariage quaternaire). Ce dernier constitue un schéma du Soi (en début de page) aussi bien que des structures sociales primitives.

 

Le Soi est d’autre part une image de Dieu "dont elle ne se laisse pas différencier". 

(Mystère du Christ, de Siddhârta Gautama le Bouddha hindou : l’homme devenu « plus qu’un homme ».)

 

Les symboles de l’anima et de l’animus, le vieux sage et la mère chtonienne, sont, comme l’image de Dieu, des représentants du Soi.

 

Ils sont les acteurs de premier plan des séries de rêves, et aussi de l’existence quotidienne, en particulier dans le domaine relationnel.

 

Et la conscience ne les voit pas...

Siddhartha Gautama, le Bouddha hindou
Siddhartha Gautama, le Bouddha hindou

Archétypes de l’anima et de l’animus

L’anima est une image innée de la femme chez l’homme, l’animus une image innée de l’homme chez la femme.

Dans le choix de textes de Jung publié sous le titre L’Ame et la vie (Buchet-Chastel, 1963), l’image innée de la femme chez l’homme est présentée comme "un conglomérat héréditaire inconscient … de toutes les expériences de la lignée ancestrale au sujet de l’être féminin, résidu de toutes les impressions fournies par la femme, système d’adaptation psychique hérité" (page 154).

 

Il en va évidemment de même, mutadis mutandis (en écartant les différences pour rendre la comparaison possible) de l’animus.

Comme pour l’archétype du Soi, Jung souligne à maintes reprises que l’anima et l’animus ne sont pas des "notions métaphysiques", mais des "données empiriques que l’on parvient, au prix de grandes difficultés, il est vrai, à exprimer en langage rationnel et abstrait" (Dialectique du moi et de l’inconscient, page 229).

"L’idée d’anima, écrit-il dans Les Racines de la conscience, est une pure notion d’expérience qui n’a d’autre but que de donner un nom à un groupe de phénomènes apparentés ou analogues", il ne s’agit en rien "d’une invention théorique ou – pis encore – d’une pure mythologie" (page 65).

S’élevant contre toute interprétation en quelque sorte idéologique de ce qu’il entend par "anima", il insiste quelques pages plus loin : "Cette expression veut caractériser quelque chose qui ne saurait être confondu avec aucune notion chrétienne et dogmatique de l’âme, ni avec aucune des idées philosophiques de l’âme élaborées jusqu’à présent".

 

Les images de l’anima et de l’animus changent de "porteurs" et donc évoluent de l’enfance à la maturité : "La mère est la première à porter l’image de l’anima, qui lui confère un caractère fascinant aux yeux de son fils. Cette image est ensuite transférée, via la sœur et autres figures semblables, à la femme aimée" (Psychologie et alchimie, page 97, note 27).

« Le père est le premier à porter l’image de l’animus, qui lui confère un caractère protecteur aux yeux de sa fille. Cette image est ensuite transférée, via le frère et autres figures semblables, à l’homme aimé. » me semble l’équivalent pour l’animus J

 

La plupart du temps, lorsque Jung parle de l’anima, il s’agit de l’image de la femme comme amante-épouse, clairement différenciée de celle de la mère, c’est-à-dire de l’archétype maternel. "Dans la psyché masculine", l’archétype de l’anima "est toujours d’abord contaminé par l’image de la mère" (Les Racines de la conscience, page 98).

Dans la psyché féminine l’animus, inversement, est contaminé par l’image du père. L’animus et l’anima ont une fonction de compensation (voir définition précédente) : "L’anima compense le conscient masculin. Chez la femme … l’élément de compensation revêt un caractère masculin, et c’est pourquoi je l’ai appelé l’animus » (Dialectique du moi et de l’inconscient, page 214).

 

Contenus inconscients d’une grande puissance énergétique, l’animus et l’anima sont des complexes dont le degré d’autonomie varie avec la distance qui sépare le conscient et l’inconscient. Si cette distance est très grande, le conscient est, selon ce qui est compensé, soit entièrement fasciné par une figure d’anima ou d’animus ressentie comme merveilleuse, sublime etc…, soit au contraire effrayé par une figure d’anima ou d’animus ressentie comme mauvaise, perverse, moralement inférieure. La fonction compensatrice de l’animus ou de l’anima étant alors "troublée" (voir définition précédente), un travail de prise de conscience de leurs contenus devient nécessaire.

 

Si ces contenus « ne sont pas intégrés et "réalisés" par le sujet, il s’ensuit une activité négative … de l’anima et de l’animus. De là résultent des anomalies psychiques … dont la gravité peut aller à tous les degrés … quelque chose d’inconnu s’est approprié une part plus ou moins considérable de la psyché. Ce quelque chose d’inconnu impose imperturbablement son existence, au premier abord nocive et repoussante, contre … les plus grands efforts de bonne volonté, de compréhension, d’énergie et de raison, démontrant ainsi la puissance des plans inconscients de l’être en face du 2 conscient : on ne saurait trouver de meilleure expression que le mot "possession" » (Dialectique du moi et de l’inconscient, pages 264 et 265).

 

La confrontation avec les figures intérieures qui personnifient l’anima ou l’animus permet l’intégration de leurs contenus. Ce travail de confrontation attire l’attention sur les différences entre anima et animus. "On serait peut-être tenté de supposer que l’animus, sur le mode de l’anima, se personnifie sous les traits d’un homme" (Dialectique du moi et de l’inconscient, page 218). Mais il n’en est rien : "Si, chez l’homme, l’anima apparaît sous les traits d’une femme, d’une personne, chez la femme l’animus s’exprime et apparaît sous les traits d’une pluralité" (Ibid.).

 

D’autre part, "alors que l’anima est la source d’humeurs et de caprices, l’animus, lui, est la source d’opinions … acerbes et magistrales" (page 217).

Jung interprète ces différences comme des compensations de l’attitude et de l’existence conscientes, les femmes, davantage tournées vers la famille, accordant le plus grand intérêt et la plus grande importance aux "interrelations personnelles" (dont les "nuances infinies … échappent en général à l’homme"), alors que ceux-ci, davantage tournés vers le monde extérieur, accordent intérêt et importance avant tout aux "données ou rapports objectifs" (pages 217 et 227). "

 

Intégrer positivement son animus revient donc, grosso modo, à se tourner vers le monde extérieur « comme un homme » (professionnalisation, sociabilisation, etc.) SANS y perdre sa sensibilité de femme pour autant, évidemment ! (Et c’est loin d’être évident en fait !)

 

Avec l’archétype de l’anima, écrit Jung, nous entrons dans le domaine des dieux. « Tout ce qui touche à l’anima est numineux » (c’est-à-dire doté d’une puissance énergétique sans commune mesure avec les forces du conscient) (Les Racines de la conscience, page 42).

Tout ce qui touche à l’animus est également numineux, c’est pourquoi la confrontation avec les figures intérieures de l’anima ou de l’animus est un travail très exigeant.

 

Si, la relation à la conscience s’établissant, leurs contenus sont intégrés, alors l’emprise de ces figures sur la psyché disparaît. L’anima ou l’animus devient alors une "simple fonction de relation" avec le monde intérieur (Dialectique du moi et de l’inconscient, page 265), "une manière de passerelle qui mène à l’inconscient" (page 229). Jung parle d’une "fonction inspiratrice" (page 223) tant chez la femme que chez l’homme : "L’homme laisse sourdre son œuvre, telle une créature dans sa totalité à partir de son monde intérieur féminin", où l’anima le guide, mais l’animus est aussi "un être créateur, une matrice, … dans le sens qu’il crée quelque chose que l’on pourrait appeler un Logos spermatikos – un Verbe fécondant" (pages 225 et 226).

 

La confrontation avec les figures de l’anima ou de l’animus est en fait

une initiation progressive à l’expérience du Soi,

et leur emprise sur la psyché disparaît lorsqu’elles sont vécues et se révèlent

comme porteuses du Soi, c’est-à-dire lorsque

s’établit la relation entre la conscience et l’archétype du Soi. 

 

Dans la deuxième partie de Psychologie et Alchimie, Jung décrit le processus d’initiation

La Puella et la Sorcière : la naïveté et la malveillance

Pour résumer :

 

ANIMA

C’est la femme intérieure que porte tout homme dans ses profondeurs psychiques.

Elle fait référence à une très grande accumulation énergétique de féminin. La première féminité endossée par l’anima est la mère. Puis, chez l’adulte, ce sont les attributs d’autres femmes qui vont donner un contenu à la forme de l’anima. C’est l’archétype de l’initiation ou du héros qui contient la force nécessaire pour accomplir la libération vis-à-vis de la mère, vers une femme sexualisée. En tant que « personnoïde » féminin, l’anima se caractérise par une possessivité et une jalousie démesurées. Intérieurement, l’effet anima se manifeste par des émotions incontrôlables et des comportements capricieux.

L’anima est un archétype très puissant englobant en soi l’essence de toute féminité : la fille, la sœur, l’épouse, la maîtresse… et ses aspects mythiques comme la fée ou la sorcière.

Imago : images féminines, petit chat affectueux, cheval, chien, tigresse, lion, araignée, bois, vallée encaissée, lac, rivière, grotte, serpent, tout ce qui est en creux… (Le graal, la coupe, le « contenant ».)

L’anima se développe selon la maturité de l’individu en quatre stades. C’est le pole antagoniste de sa masculinité consciente. L’Anima peut développer des émotions incontrôlables. C’est aussi une inspiration créatrice.

 

ANIMUS

C’est la masculinité inconsciente de la femme. C’est l’homme intérieur que porte toute femme dans ses profondeurs psychiques.

Il fait référence à une grande accumulation énergétique de masculin. La première masculinité endossée par l’animus est le père. L’animus est directif et conquérant de ce qui est nouveau. Audace et objectivité notamment. Sa possessivité est plus axée sur l’expansion que sur la rétention.

L’animus est un archétype très puissant englobant en soi l’essence de toute masculinité : le fils, le frère, l’époux, l’amant… et ses aspects mythiques comme l’enchanteur, le sorcier… L’animus est relié à des principes. Dans sa manifestation externe, l’animus se projette fortement dans les institutions confessionnelles et les partis politiques. Il se projette plus fréquemment mais moins fortement sur un homme concret.

Imago : Dans sa manifestation interne, les imago sont des hommes fascinants, des conseils de professeurs, des taureaux, lions, chevaux… les vents, torrents, batailles, montagnes, tours, tempêtes… tout ce qui est en érection. (Une épée comme Excalibur par exemple, le "contenu" du rocher.)

L’animus se développe selon la maturité de la femme en quatre stades.

 

Voir également Inconscient collectif, Ombre et Persona ou encore Le processus d’individuation (articles à venir sur mon site...)

 

https://www.arnaudjoubaire.fr/animus-et-anima-archetype-sexuel/ (source)

Arthur et Excalibur

 


En 2018, à Bornéo, le plus vieux couple marié de la terre,

Ema et Hunning, fêtait ses noces d’eau... 100 ans de mariage.

 


 

Pink Floyd, The Wall d'Allan Parker (1979)

Sentant sa personnalité défaillir, Pink, une star du rock, se fabrique un mur protecteur derrière lequel il croit d'abord trouver refuge. Mais ce mur finit par l'étouffer et le pousse, seul et malheureux, jusqu'aux portes de la folie. Il passe alors en revue les éléments importants de sa vie ; la mort de son père à la guerre, sa mère trop protectrice et castratrice, les brimades de professeurs, puis l'échec de son mariage et la plongée dans la drogue, autant de briques qui construit le mur (Another Brick in the Wall), ou d'éléments qui en ont comblé les interstices (Empty Spaces). Cet examen de conscience le mène jusqu'à son autoprocès (The Trial). Jusqu'à...

 

Déconseillé aux âmes sensibles (bien qu'elles s'y retrouveront peut-être !), ce film illustre bien la théorie des archétypes Animus et Anima sous leurs versants négatifs.

Break the wall !

 

L'intégrale

 

Et c'est par ici pour les amateurs de mangas.


Freud et la "bisexualité psychique" dans la psychanalyse

 

Le terme de bisexualité psychique, bien qu’appartenant à de nombreux mythes, a surtout été développé par Sigmund Freud. Si, dans un premier temps, Freud s’appuie sur une conception biologique, il s’oriente par la suite sur le principe « d’identification », comme le souligne le psychanalyste Didier Anzieu : « La bisexualité résulte d’identifications à la fois masculines et féminines, c’est-à-dire d’un processus purement psychique : là résidera l’explication proprement psychanalytique »…

 

Pour la psychanalyse, il faut donc bien distinguer une identité de genre d’une identité de sexe. L’identité sexuée fondamentale est partiellement autonome des caractéristiques biologiques présentes à la naissance, soit de l’identité de sexe.

Pour le psychanalyste américain Robert Stoller et de son côté, le sexe comme le corps est d’abord donné par le regard de l’autre, puis construit par les identifications introjectives. Mais avant la prise de conscience de la spécificité de sa sexualité, l’enfant – n’ayant pas de dissemblance sexuée – s’identifiera donc lors des interrelations avec les deux parents. Ainsi, le tout-petit pourra se fantasmer dans un premier temps comme maman, puis comme papa. C’est après cette période d’identification à la mère, puis au père, que nous pouvons parler de bisexualité psychique. Le petit d’Homme serait de fait dans un premier temps dans un état ambisexuel, pour reprendre le néologisme de Sandor Ferenczi.

 

Le mythe : fantasme d’unité et de toute-puissance

Le mythe d’Hermaphrodite a pour fonction de nous faire admettre que l’antinomie des sexes peut être dépassée : l’opposition du couple masculin/féminin n’étant plus, nous sommes dans une forme d’immortalité et d’unicité, amenant l’individu à s’auto-procréer. Ainsi, comme l’écrit Christian David, la fonction bisexuelle présente un pouvoir organisateur, réparateur, voire créateur.

 

La bisexualité psychique vient fantasmatiquement donner une fausse entièreté à l’Homme, qui se sent discrédité dans son unité, barré qu’il est d’une moitié de la chose sexuelle.

 

La bisexualité est un fantasme, un idéal, un rêve, voire un cauchemar. Pour mieux saisir la notion de bisexualité psychique en tant que dimension idéale, le psychanalyste Mc Dougall explique qu’elle prendrait son origine à l’orée de la vie psychique, à la découverte non pas de l’identité sexuelle mais de l’identité subjective : l’altérité. 

Je voudrais soutenir ici, écrit-il, que l’idéal hermaphrodite trouve ses racines dans l’idéal fusionnel qui unit l’enfant au sein maternel. La recherche d’un état idéal où le manque n’existe pas témoigne que le sein est déjà perdu, c’est-à-dire déjà perçu comme étant l’essence d’un Autre.

 

Lou Andreas-Salomé et le retour au Tout

Un exemple est intéressant à plus d’un titre : celui de Lou Andreas-Salomé. Nous n’aborderons ici qu’une infime partie de sa vie et de son œuvre. Nous tenterons essentiellement de mettre en exergue l’envie d’Unité qui la suivra toute son existence.

 

En effet, cette romancière, essayiste et psychanalyste (1861-1937), est peut-être la première femme à se revendiquer comme un esprit libre. Nourrie de philosophie, de poésie, de psychanalyse et de spiritualité, elle n’aura qu’une frénésie, comme elle le développera dans un de ses essais : « Le Retour au Tout ». Cette obsession du Tout, comme nous l’avons vu, possiblement mise en lien avec cet état fusionnel et fantasmatique, lequel s’inscrivant dans une subjectivation non pas asexuée mais bisexuée.

 

Nous avons poussé notre réflexion jusqu’à voir que cette position psychique pouvait réactiver une pensée magique qui laisserait fantasmer à l’individu une dimension divine.

 

Nous pouvons mettre en parallèle cette phrase d’Andreas Lou-Salomé extraite de « Ma vie » : Nous, univers devenu conscient et par là morcelé, nous devons nous freiner, nous supporter mutuellement… Nous devons faire la preuve concrète de notre profonde unité…

 

Nous retrouvons dans cette réflexion une dominante religieuse et spirituelle commune à une grande tradition mais ce qui est troublant dans la vie de Lou, c’est la difficulté de pouvoir acter un tel principe. De plus, cet idéal d’Unité ne l’aurait-il pas empêchée de s’inscrire dans l’altérité ? En effet, ses relations aux hommes montrent cette difficulté à voir l’autre comme sujet. Sa première expérience platonique en amour fut celle qu’elle noua avec le Pasteur Gillot, qui l’initiera à la philosophie et à la théologie. Il perdra toute crédibilité lorsqu’il la demandera en mariage.

 

Elle écrira : Mais comme il devait en quelque sorte être un double, un sosie, un revenant du Bon Dieu, il me fut impossible de donner un dénouement humain à notre histoire d’amour…

À regarder ses autres conquêtes, nous constatons – derrière une recherche intellectuelle et spirituelle au contact d’hommes tels que le philosophe Nietzsche ou le poète Rilke – une recherche psychique lui donnant l’impression d’acquérir une identité masculine. C’est sûrement inconsciemment pour cette raison que lorsqu’elle épousera Friedrich Carl Andreas, elle se refusera toujours à lui sexuellement, lui interdisant ainsi d’avoir des enfants. Nous pouvons avancer qu’une grossesse lui aurait permis de mieux s’incarner dans sa sexualité féminine.

 

Nous retrouvons d’ailleurs dans une lettre, qu’elle écrit à Anna Freud, une sorte de confirmation consciente de cette fixation archaïque de bisexualité, qui semble également mettre en avant la forme fusionnelle primordiale à la mère en tant que principe d’Unité et de complétude : 

 

"La part « masculine » de la femme, c’est-à-dire la force, le courage, la puissance intellectuelle, n’entre pas en contradiction avec la féminité… "

 

L'Animus.

 

 

Au Crotoy, dans la Baie de Somme, la seule statue en France qui présente Jeanne d'Arc enchaînée, en habits de femme. 

 

Quelle différence avec celles où "on" (qui ça, on ?) la fait poser en chef de guerre !

 

Quand la Pucelle d'Orléans tomba entre les mains des Anglais à Compiègne, ils la retinrent longtemps prisonnière dans le château du Crotoy, avant de l'envoyer à Rouen, où s'instruisit son procès, qui se dénoua par la condamnation et son supplice.

 

http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2014/09/23/30643390.html

https://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1930_num_10_1_2415

 

Inscriptions

Face avant du piédestal

Ce monument a été élevé au moyen d’une souscription nationale d’après l’initiative de Monsieur Victor PELLETIER, maire du Crotoy, et avec le concours du gouvernement.

Le 15 juillet 1956, la ville du Crotoy a rendu un vibrant hommage à Jeanne d’Arc en célébrant magnifiquement le Ve centenaire de sa réhabilitation

 

Face arrière du piédestal

A cette fille du peuple qui pleine de foi dans les destinées de la France quand tous désespéraient, délivra notre patrie en laissant un nom sans égal dans l’histoire.

 

Côté gauche du piédestal

Ici la libératrice de la France, abandonnée par ceux qu’elle avait sauvés, est restée plusieurs mois prisonnière avant d’être conduite à Rouen où s’acheva son martyre.

 

Côté droit du piédestal

Elle aima tant la France. Souvenons-nous toujours, français, que la patrie chez nous est née du cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous.

 

Texte de J. Michelet, (1789-1874), historien français.

Libéral et anticlérical, il est considéré comme étant l'un des grands historiens du XIXe siècle bien qu'aujourd'hui controversé, notamment pour avoir donné naissance à travers ses ouvrages historiques à une grande partie du « roman national », républicain et partisan, remis en cause par le développement historiographique de la fin du XXe siècle. Il a également écrit différents essais et ouvrages de mœurs dont certains lui valent des ennuis avec l'Église et le pouvoir politique. Parmi ses œuvres les plus célèbres de l'époque, Histoire de France, qui sera suivie d'Histoire de la Révolution.

 

 

Spéciale dédicace... :) 

 

« Que Dieu protège l'homme qui refuse de se marier tant qu'il n'a pas trouvé la femme parfaite... et que Dieu l'aide bien davantage encore quand il l'aura trouvée.»

 

Benjamin Disraeli