L'Ombre dans l'œuvre de C.G. Jung

 

« Mettre l’homme en face de son ombre cela veut dire aussi lui montrer sa lumière. Il sait que l’ombre et la lumière font le monde… S’il voit en même temps son ombre et sa lumière, il se voit des deux côtés et ainsi il accède à son milieu. »    Carl Jung

Quelques citations

 

A de nombreuses reprises, C.G. Jung évoque deux polarités qui nous constituent : l’ombre et la lumière qui constituent des archétypes.

 

“L’ombre” est un terme que Jung a emprunté à Nietzsche :

"Les pensées sont les ombres de nos sentiments."

 

« Quiconque perçoit son ombre et sa lumière simultanément se voit de deux perspectives opposées et par conséquent trouve le juste milieu. »

 

« L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. »

 

« La clarté ne nait pas de ce qu’on imagine le clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. »

 

« Sans émotion, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement. »

 

« Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection, mais de la plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression ni ascension. »

 

L'Ombre dans l'œuvre de Jung

 

L'Ombre représente tout ce que nous cachons aux autres et à nous-mêmes pour ressembler à l'idée / à l'image que nous nous faisons d'un modèle idéal. Elle est notre partie obscure : la "face cachée de la lune", notre  "négatif argentique", le pôle complémentaire du Moi ; souvent, et à tord, comprise unilatéralement comme le symbole d'un "jumeau maléfique" en Soi.

 

Au cours de notre vie, cette zone ignorée reçoit le dépôt de plus en plus épais de nos actes passés, du refoulement de nos désirs illicites, de tout ce que nous avons entrepris et raté, dépôt alimentant bien souvent notre culpabilité et notre amertume.

 

Plus nous ignorons notre Ombre, plus elle devient noire et épaisse.

 

Ce dépôt ne représente pas forcément le Mal en nous, mais plutôt tout ce qui est à l'état brut ou inconnu et qui donc alimente notre peur.

Elle est le monstre effrayant sous notre lit d'enfant, la "menace fantôme".

 

L’Ombre incarne notre inconscient personnel mais en tant qu'archétype, elle peut donc aussi figurer le Mal absolu, surtout sur le plan collectif (le Diable).

 

« Les côtés malaimés de nous-mêmes que nous tentons en vain d’éliminer de nos vies se projettent sur les autres, et nous forcent à les reconnaitre. » 

Jean Monbourquette

 

La plupart du temps nous projetons notre Ombre sur autrui. C’est lui qui a toujours tort. Cette projection de toutes nos négativités alimente nos aversions incompréhensibles et nos haines viscérales. Mais elle est aussi un moyen de voir clair en nous, à condition de prendre conscience de cette projection.

(Réfléchissez : qui "fait de l'ombre" à qui dans les faits ?)

 

« De deux choses l’une, nous connaissons notre ombre ou ne la connaissons pas ; dans ce dernier cas, il arrive souvent que nous ayons un ennemi personnel sur lequel nous projetons notre Ombre dont nous le chargeons gratuitement, et qui à nos yeux, la porte comme si elle était sienne, et auquel en incombe l’entière responsabilité ; c’est notre bête noire, que nous vilipendons et à laquelle nous reprochons tous les défauts, toutes les noirceurs et tous les vices qui nous appartiennent en propre ! Nous devrions endosser une bonne part des reproches dont nous accablons autrui ! Au lieu de cela, nous agissons comme s’il nous était possible, ainsi, de nous libérer de notre Ombre ; c’est l’éternelle histoire de la paille et de la poutre. »

C.G.Jung — L’homme à la découverte de son âme, Éd. Mont-Blanc, 4e éd., p. 380.

 

 

Comment négocier avec cette inconnue si puissante ?

 

Nous nous rendrons vite compte qu’elle possède une énergie qui nous dépasse ; la forcer nous fait risquer le pire. Il faut plutôt tenter de dialoguer avec elle.

 

Sa réponse survient un jour, comme toute seule par énantiodromie, évidente, d’une façon imprévisible : nous devons ainsi dépasser le conflit, plutôt que le résoudre. C’est à ce prix que nous intègrerons notre Ombre, sans répercussion fâcheuse.

 

Si nous refusons cette négociation — et la tentation est grande —, l’Ombre régentera en secret notre existence et nous tendra des pièges, peut-être mortels (accidents). C’est le cas pour l’homme qui a perdu son ombre, celui qui croit tout savoir de lui-même et devient la victime de son outrecuidance.

Qu'en est-il de celui qui sait qu'il ne sait rien ? Le plus souvent, il se tait.

 

Seul, le Soi peut transcender le problème de l’Ombre car celle-ci communique avec les grands archétypes, l’Anima (âme féminine de l’homme) et l’Animus (pôle masculin de la femme).

 

L’Ombre a donc une fonction de relation qui peut être éminemment positive : le processus psychologique consiste à prendre conscience de son Ombre et à l’intégrer à sa conscience, au-delà de tous les préjugés moraux et sociaux qui l’entachent.

L' "énantiodromie"

Le travail de l'Ombre

 

Le tout petit enfant réussit à exprimer ses émotions pleinement sans les retenir. Ce n’est qu’en grandissant qu’il apprend que certaines attitudes ne sont plus entièrement acceptées par ses parents, professeurs ou amis. 

Robert Bly, écrivain, parle d’« un grand sac invisible que nous portons sur notre dos et dans lequel nous mettons toutes ces parties inacceptables. »

Par exemple, une petite fille qui n’a pas le droit de se mettre en colère ou un petit garçon qu’on ridiculise quand il pleure, va se débarrasser de ces parties indésirables, par amour pour ses parents ou pour être accepté, et les mettre dans ce sac.

 

La Persona (le visage social) se construit alors, non pas ajustée comme elle peut l'être harmonieusement mais sur-adaptée, aux dépends de la personnalité authentique de son porteur.

 

Comment identifier nos ombres ?

 

La projection est une manière de reconnaître ses ombres. Robert Bly évoque un projecteur que nous avons dans notre cerveau, qui projette l’ombre sur les autres et ces derniers nous renvoient nos émotions, nos sentiments cachés.

Si, par exemple, vous êtes exaspéré par la paresse de quelqu’un, vous pourriez vous demander quand vous avez été paresseux dans le passé et ce qui se passait lorsque vous l’étiez.

De même, si vous admirez les qualités d’une personne, si vous vous dites que vous aimeriez tellement lui ressembler, ceci peut être un signe que ces qualités que vous voudriez tant manifester se trouvent également dans votre ombre à l'état latent !

 

Une autre manière de reconnaître ses ombres est d’observer ce que nous faisons par accident.

Une mère, ayant mis sa colère dans son sac et faisant tout pour ne jamais être en contact avec cette émotion et qui, tout à coup, voit son fils renverser son verre sans le vouloir, réagit en explosant.

Sa colère sortant par accident est encore un signe que celle-ci est dans l’ombre et que cette femme n’y a pas accès. Elle est littéralement "hors d'elle".

 

Que les manifestations de l'Ombre soient discrètes ou spectaculaires, leur fonction est de prévenir que quelque chose ne "tourne pas rond". Un danger.

 

La pépite d’or

 

Ce sac que nous portons devient de plus en plus lourd, de sorte que nous passons plus de temps et nous déployons plus d’énergie à essayer de garder certaines parties de nous à l’intérieur de ce sac qu’à vivre notre propre vie. D’une certaine manière, nous mettons une partie de notre énergie vitale dans ce sac si bien que nous n’avons plus accès à certaines ressources intérieures.

La bonne nouvelle est apportée par Jung qui dit que « L’or gît dans l’obscurité. »

 

Les facilitateurs du Travail de l’Ombre pensent qu’à l’intérieur de chaque ombre il y a une pépite d’or à laquelle nous pouvons avoir accès, une énergie que nous pouvons nous réapproprier d’une manière saine.

 

Pour sortir ces ombres un peu vieillottes et malodorantes de ce sac, nous avons besoin d’un espace sûr où nous pourrons exprimer volontairement, intentionnellement ce que nous exprimons par accident dans notre vie, un lieu où il n’y aura pas de conséquences réelles et où personne ne sera blessé.

 

"Ca" vous rappelle quelque chose ?

 

Vous voulez comprendre et changer un comportement.

Vous avez peur de votre colère ou de celle des autres.

Vous vous sentez sans énergie.

Vous avez l’impression de ne pas (vous) aimer correctement.

Vous vous sentez souvent coupable.

Vos peurs vous paralysent et vous empêchent d’avancer dans votre vie.

Vous avez l’impression de ne pas avoir le droit d’être heureux.

Vous êtes stressé et n’arrivez pas à profiter de la vie.

Vous voulez avoir accès à vos émotions.

Vous n’arrivez pas à dire « NON » et vous vous laissez envahir.

Vous vous sentez confus et n’arrivez pas à prendre de décisions.

Vous aspirez à quelque chose d’autre dans votre vie.

Vous n’arrivez pas à libérer votre potentiel.

Tout ce que vous faites n’est jamais assez bien.

Vous avez une basse estime de vous-même ?

Vous avez la sensation de ne plus rien maîtriser ?

 

Tant mieux !

Le temps de l'énantiodromie et du changement arrive.

 

Posez-vous la question : "Qu'est-ce que je désire vraiment ?"

 

L’inconscient est un ensemble de forces opposées mais complémentaires, Jung considère que le fait de mettre son ombre en lumière favorise l'équilibre.

 

Je vous renvoie à mon article "Honte ou Culpabilité ?" si l'une ou l'autre vous en empêche, car il faut du courage pour être et devenir vraiment, entièrement Soi.

Du courage et un peu de lâcher-prise aussi... Des sacrifices, souvent.

 

Carl Rogers le disait différemment : 

 

"Tout être est une île, au sens le plus réel du mot, et

il ne peut construire un pont pour communiquer avec d'autres îles

que s'il est prêt à être lui-même

et s'il lui est permis de l'être."

 

Épouser son ombre en conscience revient à créer un sentiment de complétude, de plénitude et d’harmonie intérieure.

Nous ne sommes alors plus figés et divisés intérieurement, mais ENTIERS et EVOLUTIFS.

 

Libres de faire de "vrais" choix ?

 

 

Comment vivre avec son Ombre ?

 

La rencontre de l’ombre présente deux moments déterminants selon l'école jungienne :

– la jeunesse, car on est confronté au monde social et l’individu doit prendre sa place,

– le milieu de vie, car on se confronte à son ombre, on remet ses valeurs en question, on se montre plus sensible aux “ démons intérieurs ”.

Souvent, on veut tout changer plutôt que de travailler sur soi et c'est la fameuse "crise du milieu de vie" où le phénomène d'énantiodromie, une fois encore, transforme parfois le bon père de famille en aventurier séducteur ou la jeune écervelée en bigote moralisatrice !

A moins que ce soit l'inverse ;)

Ce sont des caricatures que chacun de nous connaît.

 

Peut-être existe-t-il aussi des crises de vie intermédiaires.

La "crise du tiers de vie", ce serait quand pour vous ?

 

L'inconscient, à l'image de l'eau, trouve toujours son chemin, destructeur ou non.

 

Nos mécanismes de défense psychique nous protègent le temps que nous soyons prêt à aller plus loin, mais ils peuvent aussi bloquer notre développement et nous empêcher de dépasser notre "zone de confort". 

Il est nécessaire de les identifier, de les accepter et d'en prendre soin avec bienveillance.

 

D'en changer aussi, parfois.

 

1/ LA PROJECTION

Projeter sur une autre personne ce que nous sommes incapable de voir ou d’accepter de nous-même.

La projection, dans son sens psychanalytique, est l’opération par laquelle le sujet expulse de soi et localise dans l’autre, personne ou chose, des qualités, des sentiments, des désirs, voire des objets, qu’il méconnaît ou refuse en lui. Il s’agit là d’une défense d’origine très archaïque et qu’on retrouve à l’œuvre particulièrement dans la paranoïa, mais aussi dans des modes de pensée « normaux » comme la superstition (Laplanche et Pontalis)

 

2/ LE TRANSFERT

Transférer sur autrui les caractéristiques agréables ou désagréables de quelqu’un d’autre que nous avons connu.

 

3/ L’IDÉALISATION

Rendre une personne plus parfaite qu’elle ne l’est afin de ne pas voir trop rapidement ce qui pourrait nous déplaire.

 

4/ LA RATIONALISATION

Expliquer logiquement un comportement irrationnel que nous avons eu et que nous ne comprenons pas.

 

5/ LA JUSTIFICATION

Expliquer longuement pourquoi nous avons fait quelque chose par peur d’être rejeté.

 

6/ LE DÉNI

Nier la réalité afin d’éviter une sensation pour l’instant trop difficile à vivre

 

7/ LE REFOULEMENT

Refouler une émotion, ne pas l’exprimer et parfois en arriver à être coupé d’un type d’émotion.

Les projections d'Ombre

« Tout ce qui te dérange chez les autres, c’est seulement une projection de ce que tu n’as pas résolu en toi-même » (Bouddha)

 

Le Talmud nous met en garde : « Quiconque voit autrui imparfait l’accusera de ses propres défauts », de même que le Nouveau Testament avec la parabole de la paille dans l’œil du voisin et de la poutre dans son propre œil.

 

Ce vieil adage chinois ne dit pas autre chose : « Quand vous pointez un doigt vers quelqu’un ou quelque chose, trois doigts de votre propre main pointent vers vous ».

 

« C’est celui qui dit qui y est ! » :  même la cour de récréation a déjà tout compris du mécanisme de projection ;)

 

Article de Miguel Ruiz, psychanalyste :

 

" Dans le champ de la psychanalyse, la projection est un mécanisme de défense : de façon simpliste, nous avouer à nous-mêmes que nous avons telles émotions, croyances, pulsions… allant à l’encontre de la vision idéalisée que nous avons de nous-mêmes, nous serait tellement inconfortable que par un joli tour de passe-passe mental, nous escamotons l’objet du scandale pour le rematérialiser chez quelqu’un d’autre.

 

Par définition, le mécanisme de projection d'Ombre agit de façon inconsciente puisque, sur un plan conscient, nous nions posséder la caractéristique en question. [Qualité ou défaut, je rappelle.]

 

Parce que nous ne sommes pas en mesure d’affronter notre propre réalité, parce que nous ne voulons pas nous voir tels que nous sommes vraiment, nous avons mis au point « à l’insu de notre plein gré » ce mécanisme qui permet d’accuser les autres plutôt que de s’incriminer soi-même.

Le plus souvent, ce que nous projetons sur autrui, ce sont les parts de nous-mêmes que nous jugeons le plus négativement. C’est parce qu’elles nous sont intolérables que nous ne pouvons les assumer consciemment et que nous tentons de les expulser hors de nous. Ainsi, si j’ai honte de mon côté désinvolte, par projection, je serai particulièrement irrité par ce que je relève comme des marques de désinvolture chez les autres, sans réaliser pourquoi j’ai particulièrement peu de tolérance pour ce type de comportement chez autrui.

 

Il arrive parfois que cette part sombre soit à ce point refoulée, qu’elle semble ne jamais se manifester dans ma vie. Si, dès ma petite enfance, une éducation stricte a tout de suite stigmatisé ma tendance à la désinvolture, j’ai si bien intégré les « il faut » et les « je dois » qu’une fois adulte, je ne m’autoriserai aucun écart.

 

Dans la mesure où le sens du devoir et des responsabilités ne m’est pas inné et qu’il est venu se superposer [culturellement] à ma vraie nature, il est vraisemblable que côtoyer une personne désinvolte me sera particulièrement exaspérant. Non seulement parce que la projection relève que cette part inavouée est également tapie au fond de moi, mais, aussi, parce que cette personne s’autorise un comportement que mon éducation m’interdit de m’accorder et que je m’efforce à grand-peine d’extirper de moi. En bref, elle jouit d’une liberté que je n’ai plus et que je lui envie…

 

Autre exemple : au restaurant, quand à une autre table un client se plaint bruyamment auprès du serveur de ce que son plat est trop salé ou pas assez chaud, une part de nous condamnera ces façons grossières, mais il se peut aussi qu’en même temps, une autre voix, admirative, murmure au fond de nous : « Waw, en voilà un qui n’a pas peur de dire tout haut ce qu’il pense. Moi, je n’oserais jamais… ».

Entre un défaut que je rejette (le sans-gêne) et une qualité que je ne m’autorise pas (s’affirmer en public), la distinction est parfois minime…

 

Plutôt qu’un défaut que nous occultons, il arrive aussi parfois que ce que nous relevons chez les autres soit des qualités en nous qui n’ont pas encore pu se déployer ou s’exprimer (la légèreté dans le premier exemple et l’affirmation de soi dans le second).

Et c’est justement parce que nous les avons en germe en nous que nous sommes à même de percevoir et d’être touchés par ces mêmes qualités chez les autres.

 

Conséquences de la projection de ses parts non assumées

L’inconvénient des projections tient à sa nature de mécanisme de défense : s’il nous évite un inconfort émotionnel, il ne nous permet cependant pas de progresser sur le chemin de la connaissance et de l’acceptation de soi puisque la raison d’être du mécanisme est justement d’éviter que nous soyons conscients du processus d’occultation qui se déroule en nous.

 

C’est fondamentalement une question de responsabilisation : tant que nous projetons les contenus non assumés de notre ombre, nous restons incapables de reconnaître ces aspects de personnalité comme étant les nôtres et de fait, il nous est impossible de les faire évoluer vers plus de conscience.

 

Deux options s’offrent alors à moi.

 

La première serait de me poser en victime d’une vie peu clémente, avec le risque que la leçon me soit resservie jusqu’à ce que je la comprenne.

 

L’autre option est celle de la responsabilisation, de me demander quelle est la part là-dedans qui m’appartient, sur laquelle il m’est possible de travailler. Dans cette optique, la personne dont le comportement m’énerve ne sera plus vue comme indésirable, mais comme quelqu’un qui entre dans ma vie pour me faire avancer. À cet égard, la sagesse bouddhiste va jusqu’à dire que nos meilleurs maîtres dans la vie sont nos pires ennemis, ceux qui nous font le plus souffrir.

 

Il est par ailleurs intéressant de noter comment le mécanisme de la projection s’articule avec la loi d’attraction. Tant que je n’accueillerai pas ma part d’égoïsme, par exemple, mon entourage me reflétera cet égoïsme et j’aurai le sentiment désagréable de n’être entouré que d’égoïstes.

 

Comme je n’attire pas ce que je veux, mais ce que je suis, si une part de moi « vibre l’égoïsme », ce que j’attirerai sera donc inévitablement en résonance avec cela."

 

 

 

Sortir des projections : L'effet miroir

 

La relation aux autres (et plus encore à son partenaire de vie) peut être un extraordinaire outil de connaissance de notre fonctionnement intérieur, pour peu que l’on prenne conscience du processus mis en œuvre dans la projection. Par définition, le mécanisme de la projection est inconscient au moment où il se déroule. Cependant, avec un très léger décalage, il est possible de prendre conscience de ce qui est en train de se passer, de réaliser que l’autre me reflète qui je suis.

C’est ce qu’on nomme communément l’effet miroir.

 

Une fois que j’ai identifié une projection à l’œuvre, il nous est possible de nous réapproprier cette part d’ombre refoulée et de l’emmener durablement à la lumière.

La première étape de ce processus consiste tout d’abord à reconnaître quand un effet miroir est à l’œuvre. Ce n’est pas facile, car cela demande une bonne dose d’honnêteté et d’humilité, ainsi que beaucoup d’amour de Soi pour ne pas rejeter ce que le miroir nous renvoie.

 

Mais comment savoir si ce que je relève comme un défaut chez autrui est dû à une projection de ma part ou si ce défaut est objectivement bien présent chez lui ?

Le meilleur critère est le degré d’irritation et de rejet que m’inspire ce « défaut ».

 

Si je me contente de le constater, de l’observer sans jugement ni condamnation, il est probable que ce défaut n’a pas d’écho en moi. En revanche, si je suis dans une forte réaction émotionnelle, que mon humeur s’en trouve affectée, que je suis dans le jugement et le rejet, il est plus que vraisemblable qu’il y ait eu effet miroir.

 

S’il y a projection de ma part, cela ne veut pas forcément dire que l’autre ne possède pas lui aussi cette caractéristique. Il est possible que nous la possédions tous les deux, dans des proportions diverses. En pratique, il est peu fréquent de projeter un défaut sur quelqu’un qui en est totalement exempt. Ainsi, il est plus facile de projeter l’image du violent sur quelqu’un un tant soit peu autoritaire que sur une personne totalement timide et effacée.

 

De même, si quelqu’un me critique, son degré de virulence à mon égard indiquera s’il projette ou non sur moi. Mais il est bon de garder à l’esprit que ce n’est pas parce que mon vis-à-vis projette que je ne possède pas moi aussi cette part en moi…

 

Une fois que j’ai perçu qu’un effet miroir était à l’œuvre chez moi, la deuxième étape consiste à découvrir quelle est cette part dont je n’assume pas encore la responsabilité et que j’ai projetée sur l’autre. Cela peut ne pas être évident, car ce qui m’a irrité chez l’autre ne se retrouve pas nécessairement chez moi sous la même forme et dans un même registre. C’est parfois plus subtil, comme volatile.

 

Par exemple, si je suis irrité parce que mes enfants sont bruyants au restaurant, il est possible que ce que mon irritation mette en lumière, ce soit mon manque de confiance en moi, ma difficulté à assumer le regard ou le jugement des autres sur moi et ma famille…

 

Enfin, une fois que j’ai pu identifier chez moi cette part refoulée, la dernière étape du processus consistera à la reconnaître comme mienne, à prendre mes responsabilités à son égard.

 

Pour qu’il n’y ait pas rejet, cela suppose de l’accueillir avec bienveillance et amour.

 

Par exemple, reconnaître que je peux avoir en moi des aspects jaloux m’aidera à mieux me connaître, à anticiper mes moments de faiblesse ou de fragilité.

C’est en ne jugeant pas cet aspect jaloux comme mauvais, en ne cherchant pas à l’éradiquer ou à le faire changer que je pourrais me relâcher et laisser se dissoudre les conflits intérieurs qu’il suscitait en moi.

Grâce à l’effet miroir, l’identification des projections devient un puissant outil de transformation de ses schémas répétitifs et limitants.

 

 

Se libérer des projections des autres

 

S’il est bon de prendre conscience de ses propres projections, il est tout aussi important de ne pas se laisser enfermer dans les projections que les autres font sur nous. En effet, toute projection à notre égard vient nous imposer une vision extérieure nous restreignant dans un cadre rigide, dans un rôle assigné, qui n’est pas nous et qui nous coupe de notre véritable essence.

 

Lorsque quelqu’un me catégorise ou me critique, comment ne pas me laisser influencer et déstabiliser ?

 

Plus j’aurai tendance à me juger moi-même, à introduire de la dualité en moi, plus je serai perméable aux jugements extérieurs et risquerai de me décentrer pour me perdre dans le mental des autres. Ramener à moi ce qui appartient à autrui me fera inévitablement retomber dans mes émotions et mes réactions négatives (colère, tristesse, rejet…)

 

Lorsque je suis à même de revenir à moi, de me centrer, il devient plus facile de distinguer ce qui dans cette critique m’appartient et ce qui appartient à l’autre.

 

Si le mental est calme, il devient aisé de percevoir si l’autre projette sur moi ; auquel cas sa critique ne me concerne pas car elle ne parle pas de moi, elle ne parle que de son auteur, de ses croyances et de ses limitations.

 

Tel est le message du deuxième accord des célèbres Quatre accords toltèques de Miguel Ruiz : N’en faites jamais une affaire personnelle.

 

La critique émise par autrui (pour peu qu’elle contienne une projection) ne me concerne en effet pas vraiment, elle ne me transmet que sa vision du monde :

 

"Ce que vous pensez, ce que vous ressentez, c’est votre problème, pas le mien. C’est votre façon de voir le monde. Cela ne me touche pas personnellement, parce que vous n’êtes confronté qu’à vous-mêmes, pas à moi. D’autres auront une opinion différente, selon leur système de croyances."

 

Le Savoir n'est pas la Connaissance

 

 

« Vous pouvez vous défendre à coups de concepts, de mots, sans pour autant avoir nécessairement saisi leur contenu pendant longtemps. Lorsque vous saisissez quelque chose intellectuellement, cela reste bloqué dans la sphère du langage, uniquement là, sans imprégner l’être tout entier.

En psychologie, on peut estimer avoir compris quelque chose uniquement quand on l’a aussi vécu ou qu’on l’a traduit en une action concrète ou en une expérience, mais pas avant. »                                                         

                                                                                                    Carl Jung

 

Article de Jean-Pierre ROBERT – 6 Juin 2021

https://www.cgjung.net/qui.htm

 

Le rôle des projections

Marie-Louise von Franz rappelle comment Jung définissait les projections, qui peuvent être négatives ou positives, provoquant le rejet ou à l’inverse une complète adhésion à l’objet extérieur :

« …Jung définit la projection comme une transposition inconsciente, non intentionnelle, non perçue, d’un état psychique subjectif vers le dehors, sur un objet extérieur. On voit quelque chose qui en réalité n’y est pas ou n’y est que très peu.

Il arrive très rarement, sinon jamais, que, dans l’objet choisi il n’y ait aucune trace de ce qui est projeté. Jung parle par conséquent du crochet offert par l’objet, servant à celui qui projette d’y accrocher sa projection comme on suspendrait un manteau à une patère. »
Reflets de l’Âme, p 15.

C’est bien ce mécanisme, à l’œuvre en arrière-plan, qui permet de dénigrer l’apport d’une personne, à partir de faits isolés, le plus souvent détachés de leur contexte.

 

Il est notoire que les théories de Carl Jung sont largement controversées.

Qui est visé dans ces opérations de dénigrement ?

 

De mon point de vue ce n’est pas Jung qui en est la cible mais sa découverte principale, celle d’un inconscient collectif, autonome et agissant. Un inconscient qui n’est pas seulement le réceptacle d’éléments anciens mais également porteur de développements futurs ; un inconscient matrice de la conscience, antérieur à celle-ci.

Reconnaître ce fait est extrêmement difficile car très engageant. Impossible de se placer « au centre du monde ». Nous devons reconnaître « que nous ne sommes pas seuls dans la maison » (Freud) !

Toute la difficulté est de conjuguer l’efficacité et la nécessité d’un Moi bien constitué et structuré en lien avec un Autre, quelque soit le nom qu’on lui donne, avec lequel il faut désormais compter. Chemin difficile s’il en est un, et dont l’accès est le plus souvent mal indiqué.

 

Jung et son œuvre

Le plus frappant dans les sciences humaines c’est que l’on s’attache à la personne qui est à l’origine de tel ou tel courant de pensée, comme c’est le cas en matière de philosophie ou de psychologie.

Pour les sciences en général, mathématiques, biologie, physique, informatique, etc., c’est l’inverse qui se produit. On privilégie l’objet étudié et assez rapidement un consensus est établi, quitte à laisser dans l’ombre les personnes qui ont contribué à chacune des découvertes.

A titre d’exemple, dans le domaine de l’électricité, on s’accorde depuis bien longtemps autour des concepts de courant électrique, de tension, de puissance, d’électromagnétisme. Rares sont les personnes qui connaissent la vie et l’œuvre d’André-Marie Ampère, Alessandro Volta, James Watt ou James Maxwell pour ne citer qu’eux.

A l’opposé, il est très difficile d’aborder la psychologie sans en citer l’un des chefs de file, que ce soit Freud, Jung, Lacan, etc. et sans utiliser la terminologie spécifique qui est liée à ses travaux.

C.G. Jung n’échappe pas à cette règle et il n’est pas simple de démêler sa vie personnelle de ses hypothèses et de ses concepts.

Il faut reconnaître qu’en matière de psychologie l’équation personnelle du chercheur entre directement en ligne de compte, ce qui ne facilite pas l’émergence d’un consensus. Jung en est le bon exemple puisque son œuvre est directement liée à son cheminement personnel, consigné dans les Cahiers noirs et le Livre rouge.

 

Des groupes autour de Jung

 

Des groupes autour de Jung et de son œuvre se sont formés ou se forment, ils sont complémentaires, parfois antagonistes.

Leur diversité, qui peut conduire à de larges divergences, est liée à plusieurs facteurs :

  • L’étendue de l’œuvre. Certains se réclament de la clinique, d’autres du domaine religieux, du lien matière / psyché, de l’alchimie, de l’éducation, etc.
  • Le type psychologique où l’introversion domine largement donne l’orientation générale d’un groupe, et se trouve être une source d’opposition :
    • La pensée est à la base de la plupart des écrits de type universitaire.
    • Le sentiment privilégie l’expérience, le vécu (« la théorie n’est pas importante, seule l’expérience compte ! »).
    • La sensation où le corps entre en scène (art thérapie, chant, danse, jeu de sable, etc.).
    • L’intuition qui ouvre vers des horizons nouveaux (physique quantique, neurosciences, mythologie, etc.).
  • La fidélité à l’œuvre du maître ou, au contraire, la recherche d’une orientation différente. Des contresens complets peuvent à l’occasion voir le jour !
  • Des luttes de pouvoir où certains se déclarent souverains et légitimes, lançant l’anathème sur tous ceux qui ne partagent pas leur avis.

Il est facile de remarquer combien, au sein de chacun des groupes, les personnes qui le composent sont différentes. Les antagonismes qui en résultent sont avant tout le reflet des oppositions qui nous habitent.

 

Les découvertes jungiennes nous éclairent et montrent la complexité du psychisme. Les notions d’ombre, de persona, d’anima / animus, etc. s’entrecroisent, se superposent. D’où une diversité qui ne peut en aucun cas être représentée par un seul groupe.

 

Une nécessaire unité

 

L’individuation joue un rôle central dans la vie d’un individu. Elle s’accélère quand le processus fait l’objet d’une attention particulière. C’est le cas au moment des échanges avec une personne qui a elle-même avancé sur ce chemin-là. Ce guide que l’on perçoit chez l’autre ouvre la voie vers un guide plus intérieur dont chacun est le porteur.

 

Jung a souligné tout au long de son œuvre combien il est important de prendre en compte la totalité des éléments qui se présentent dans nos vies. Il s’agit non seulement des éléments conscients, positifs et négatifs, mais également de l’activité inconsciente sous-jacente.

La vie repose sur un flux continu d’éléments contraires, toujours sous tension, entraînant de forts courants. Le déséquilibre est permanent dès lors qu’un ou plusieurs éléments ont pris le dessus. Cependant les processus, tant au niveau physique que psychique, ne cessent de s’autoréguler.

Si j’applique ces principes à la vie des groupes jungiens, je mesure combien leur diversité est importante. Mais je mesure aussi combien le danger est grand de voir se disperser une pensée cohérente qui s’éparpille alors comme les morceaux d’un puzzle difficile à reconstituer car composé de milliers de pièces.

La complexité des phénomènes psychiques, dont Jung nous a donné un aperçu, est telle qu’

il est vain de vouloir tout comprendre. Certes les recherches sont importantes, mais elles peuvent vite se transformer en un pur jeu intellectuel. Le plaisir de la découverte est tel qu’il peut nous éloigner des nécessités de la vie.

 

Seule une recherche appliquée, qui s’accompagne de résultats concrets, atteindra un certain niveau d’efficacité et bénéficiera à un grand nombre de personnes.

 

Ce vœu est formulé à l’occasion du 60e anniversaire de la mort de Jung. L’essaimage de la pensée jungienne court le risque de s’éloigner de l’essentiel : le cheminement de l’humain selon sa destinée.

 


L'équilibre dans la Force

Le concept d'Ombre développé par Jung est omniprésent dans notre société, historiquement et culturellement :

Le Seigneur des Anneaux, Star Wars, Dr Jekyll & Mr Hyde, Sherlock et Moriarty, A song of Ice and Fire, Harry Potter plus récemment, les exemples sont innombrables.

 

Tout ce que nous considérons à un moment donné comme “mauvais” en raison de notre éducation et des normes morales de notre société, devient notre Ombre. 

Et quand nous croyons l'identifier, elle bouge pour se tapir ailleurs, loin des feux de nos lampes torches psychiques, aussi, est-ce une attention "à vie" que nous devrions lui porter.

 

L’archétype de l’Ombre est étroitement lié au concept de l’inconscient formulé par Freud. Cependant, il contient des nuances uniques qui le différencient de manière considérable et qui l’enrichissent. Nous ne pouvons pas oublier que ce qui a commencé comme une idylle intellectuelle entre Freud et Jung s’est progressivement refroidi, au point que ce dernier en vint à dire du père de la psychanalyse qu’il s’agissait d’un personnage tragique, d’un grand homme, mais de quelqu’un dont il ne partageait pas la méthode thérapeutique”.

 

Jung a développé sa propre méthode, la psychologie analytique. Il laissa de côté le divan et cette relation trop asymétrique entre thérapeute et patient pour développer une thérapie basée sur la conversation et enquêter sur la structure de la psyché et de cet inconscient où naviguent les archétypes. [Adler lui aussi a quitté le cercle.]

 

Nous percevons tous dans le concept d'Ombre, la représentation la plus classique du tabou, du mal et de cette dimension ténébreuse de la personnalité humaine qui suscite toujours un grand intérêt. 

Pouvons-nous en tirer une application pratique dans notre vie quotidienne ? 

La réponse freudienne est : "Quoi que vous fassiez, ce sera mal."

La réponse jungienne est OUI

 

Nous ne pouvons pas oublier quel type de dynamiques constituent ce concept que nous appelons Ombre : nous retrouvons ici nos craintes, nos traumatismes du passé, les déceptions qui nous empoisonnent, les rêves que nous n’avons pas réalisés par indécision et qui se transforment en requins frustrés naviguant au sein de notre personnalité. 

Si nous les cachons, ces démons intérieurs deviennent plus féroces et si nous les passons sous silence ils finiront par nous contrôler, projetant souvent sur les autres une image de nous-mêmes que nous n’aimons pas.

 

Que la Force soit avec Nous !

La Force... Oui, la Force.
La Force... Oui, la Force.

Ainsi parlait Maître Yoda...

"Le côté obscur de la force, redouter tu dois."

 

"La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine … mène à la souffrance."

 

"Fais le ou ne le fais pas. il n’y a pas d’essai."

 

"Un Jedi utilise la force pour la connaissance et la défense, jamais pour l’attaque."

 

"A vos intuitions vous fier, il faut."

 

"Difficile à voir, toujours en mouvement est l’avenir." 

 

 


(Carl Rogers)
(Carl Rogers)